dimanche 6 février 2011

Conférence sur la liberté d'expression à l'ULB, ou le libre-examen utilisé comme instrument de propagande du racisme.

De retour du fameux débat sur la liberté d'expression, voici un petit compte-rendu du film-débat projeté suivi d'un autre encore plus petit du débat-pugilat d'1h30 qui le suivit.


1. "Peut-on débattre avec Dieudonné?" d'Olivier Mukuna

Ce mini compte-rendu est particulièrement destiné aux chanceux qui n'auraient pas encore vu ce document. Ces 1H30-2H de film furent particulièrement éprouvantes. Eprouvantes d'abord à cause d'un DVD rayé qui nous aura permis d'admirer la barbe finement taillée de Dan Van Raemdonck et les rondes lunettes de Jan Bucquoy lors des nombreux passages saccadés du film. Mais éprouvantes aussi de par la flagornerie des intervenants et l'absence flagrante de contradicteurs aux côtés de Dieudonné. Ce dispositif, établi clairement dans le but d'avoir un débat à sens unique, aura permis à Dieudonné d'enchaîner mensonges et désinformations, dont certains furent fort heureusement épinglés par Joël Kotek plus tard dans la soirée dans son court montage vidéo.

Premier mensonge: d'après Dieudonné, il n'aurait jamais appelé à voter Jean-Marie Le Pen. C'est faux: voici ce qu'il dit de ce leader d'extrême-droite lors de sa participation à la Fête annuelle des Bleu-Blanc-Rouge réunissant les sympathisants du Front National : "Jean-Marie Le Pen, aujourd'hui en dénonçant ce système béké se positionne très clairement comme le candidat des afro-européens, des africains, des gens d'outre-mer". Si ce n'est pas une consigne de vote je ne sais pas ce que c'est, et la vidéo de Joël Kotek le dénoncera plus tard à juste titre.

Deuxième désinformation: Dieudonné prétend combattre le communautarisme, il le dira à plusieurs reprises lors de ce débat. Ceci devrait faire rire toute personne un minimum informée sur le sujet. Dieudonné est un grand ami de Kémi Séba, qu'il a défendu à plusieurs reprises notamment en sollicitant la grâce de Jacques Chirac à son sujet. Il faut savoir qui est ce charmant personnage: Kémi Séba est un militant noir raciste, antisémite et ultra-communautariste qui avait fondé le mouvement "Tribu Ka" (dissout par la Justice depuis) réputé pour sa violence (notamment à l'égard de bloggers l'ayant critiqué, mais aussi des Blancs et des Juifs) et ses nombreuses discriminations. En 2005, Dieudonné a permis à cette organisation de tenir un meeting dans son propre théâtre (la Main d'Or). Résultat? Tribu Ka filtrera les entrées en interdisant toute personne non-noire de rentrer. Mais ce qui viendra ensuite est encore mieux: les personnes ayant eu le privilège de pouvoir assister à cette réunion entendront des réflexions telles que: "Hitler a pris conscience qu'il y a trop de gens, les juifs, qui occupent les postes importants, banquiers, et il n'est pas allé assez loin... et la Shoah est un détail de l'histoire, une virgule...". Dieudonné dira alors plus tard de Tribu Ka qu'elle est "moins dangereuse que SOS racisme".[1] Ce cher Kemi Séba s'illustrera encore en manifestant avec des neonazis [2]. Rien de particulièrement surprenant dans cette alliance qui pourrait sembler contre-nature, car il partage l'idéal de ces derniers: une société où Noirs et Blancs vivraient séparés. Pour preuve, la création du "new black panthers party" (qui ferait honte aux originaux) qui distille un discours ultra-communautariste, suprémaciste et ségrégationniste. Nous pouvons en effet y lire des perles concernant par exemple sa crèche "dédiée à la communauté noire" qui flirtent clairement avec l'essentialisme et qui enrageraient sans nul doute la plupart des noirs qui luttèrent et luttent toujours contre le racisme anti-noir: "Pour la 1ère fois de l’Histoire en France, un Centre de loisirs dédié aux enfants de la communauté noire voit le jour, avec des activités spécialisées, calibrées en fonction des besoins propres à nos petits noirs"[3]. Cette crèche fera scandale pour avoir proscrit l'adhésion d'enfants non-noires. Comme quoi, si le sieur Séba, né Stellio Capo Chichi, n'a pas pour qualité première la tolérance, il a certainement de la cohérence dans sa démarche.

Troisième mensonge: selon Dieudonné, les spectateurs auraient applaudi Faurisson car ils seraient "taquins". Il a en effet affirmé, ou en tout cas insinué qu'il n'aurait pas incité le public à applaudir ce négationniste. C'est encore faux. Il suffit de regarder la vidéo de son spectacle [4] pour le voir: Dieudonné a clairement fait applaudir cette égérie des antisémites par le public, en grande partie constitué de membres  d'extrême-droite (nous pouvons entendre par exemple une personne crier "Faurisson t'as raison!!").


Cela dit, tout ceci était prévisible de la part d'un redoutable sophiste pour qui la vérité n'a probablement peu ou pas de signification. Ce qui sera véritablement choquant (et amusant pour certains-j'en fait partie), ce seront les interventions des invités de ce prétendu "débat", qui rivaliseront de louanges pour Dieudonné, érigé en chantre de la liberté d'expression, et de mauvaise foi.

On apprend par exemple de la bouche de l'ineffable Souhail Chichah, que Dieudonné "est le premier modèle républicain". Ce qui est fort intéressant lorsque l'on sait que ce dernier avouera après visionnage du montage de J.Kotek que Dieudonné tient effectivement des propos racistes, et nous permet de nous interroger sur sa définition du républicanisme. Après un amusant lapsus de Chichah (entre le nom de Jean-Marie Le Pen et de Dieudonné), on apprend aussi que Dieudonné "révolutionne la citoyenneté" et que l'universalisme "est bien souvent l'imposition du communautarisme des gens qui dominent". Sohail Chichah, ou l'idiotie érigée en dogme, qu'il suivra avec piété lors du débat dans l'auditoire Janson.

Ce n'est pas tout, parmi les nombreuses éloges des intervenants, certaines sont particulièrement drolatiques. Pour Jean Bofane, "grâce à Dieudonné, les négationnistes peuvent s'exprimer". Dieudonné, héros des négationnistes? On n'en demandait pas tant. On aura eu aussi droit aux pitreries de Jan Bucquoy, autoproclamé ennemi de la culture (voir sa participation à Ce soir ou jamais[5]), qui affirmera haut et fort que la "pédagogie c'est chiant" et que "Dieudonné est un anarchiste comme moi".

Je passe les tombereaux de flatteries, les interminables discours dithyrambiques et les molles interventions des autres personnes pour constater qu'en plus d'une heure, pas une seule critique de Dieudonné ne sera exprimée, ni de la part du fan-club réuni autour de sa sainteté, ni de la part du public apathique au front duquel nous retrouvons les comparses Nordine Saïdi ("il faut discuter avec Ben Laden") et Rachid Zegzaoui (qui signe Rachid Z sur internet à l'aide d'une plume trempée dans de l'eau bénite, et qui a participé à la liste du Parti des Jeunes Musulmans de l'islamiste à la barbe rousse Abdallah Bastin, qui veut instaurer la chariah en Belgique. Il dira de ce dernier "Oui, mille fois oui, j’ai bien été engagé aux côtés de l’anticonformiste citoyen belge musulman Abdullah Bastin et j’en garde d’excellents souvenirs. Je ne vois pas pourquoi je m’en cacherais, je ne le regrette aucunement, bien au contraire. C’est en côtoyant cette précieuse personne que j’ai su apprendre à notamment à mieux me remettre en question et militer, plus concrètement, pour le respect des libertés, et donc également de sa sage liberté qui ne consiste pas, comme vous le sous-tendez, à imposer la charia mais à démocratiquement proposer un projet de société inspiré des principes islamiques"[6]).


2. Le débat

Mal organisé (1 minute pour les questions, 1 minute pour les réponses), ce débat nous aura permis de confirmer que la liberté d'expression est le cadet des soucis de gens comme Olivier Mukuna et Souhail Chichah. En 1h30, Souhail Chichah aura à lui tout seul réussi à faire dévier la discussion sur la liberté d'expression au conflit israélo-palestinien, conflit qui monopolisera l'attention des intervenants et du public. On aura eu l'immense plaisir d'assister aux frasques des membres du clan Saïdi qui arborèrent fièrement le T-shirt "Palestine Revivra, Boycott Israël", et on aura eu le plaisir tout aussi grand d'entendre une énième diabolisation caricaturale d'Israël, que Souhail Chichah (oui encore lui) traitera allègrement d'"état raciste" et "d'état criminel", ce qui provoquera le départ de plusieurs personnes et l'ire d'autres comme Viviane Teitelbaum. Olivier Mukuna, lui, aura été étonnamment silencieux. Ignoré par le public (dont l'attention sera particulièrement concentrée sur les rodomontades de Chichah) il sera forcé de faire profil bas après le court montage de 12 minutes de Joël Kotek particulièrement informatif sur le discours raciste et antisémite de Dieudonné qui suivit le film-débat et précéda les interventions des invités.

Ce spectacle déplorable, ponctué par des huées et des applaudissements dignes de l'émission de Ruquier, aura hélas empêché tout débat constructif entre les intervenants qui avaient pourtant, pour deux d'entre eux en tout cas, des choses très intéressantes à dire. Je parle notamment du juriste Englebert pour qui la liberté d'expression ne doit souffrir d'aucune limite ou en tout cas du moins possible, et de l'historien Joël Kotek (sans qui le débat aurait probablement été à sens unique, à l'instar du film) qui aura démontré avec habileté le racisme du discours Dieudonnesque et pour qui la liberté d'expression nécessite en effet certaines limites: celles du racisme. Le modérateur Marc Van Damme fut tout aussi coupable que le pitre Souhail Chichah par sa complaisance envers ce derniers:  lorsque Joël Kotek, chargé de cours à l’ULB dénonce la haine raciste de Dieudonné, M. Van Damme, vice-recteur, le coupe : « Nous ne sommes pas là pour parler de haine raciale, mais de liberté d’expression »[7]. Par contre, il ne coupera pas à aucun moment l'ULBiste Chichah lors de ses nombreuses digressions sur Israël. J'ai le souvenir de son regard vide et de ses yeux rivés sur la table en guise de soumission lorsque ce derniers, allant à l'encontre de la remarque précédente du vice-recteur, se mit encore une fois à nous ressasser la stigmatisation de ceux qui critiquent ce pays.

Il nous aura enfin permis de voir la confusion volontairement entretenue par certaines personnes entre religion, blasphème, racisme et génocides. Nous avons eu en effet droit au sempiternel "deux poids deux mesure" d'une femme voilée qui posera la question (ne sachant visiblement pas la différence entre religion et peuple) "pourquoi est-ce que l'on peut critiquer l'Islam mais pas les Juifs",  et à une intervention de l'atypique Jean Bricmont, qui prendra comme à son habitude la défense des négationnistes, et qui comparera notamment les caricatures de l'Holocauste à un blasphème similaire aux caricatures de Charlie Hebdo (imitant, peut-être involontairement, le discours d'Ahmadinejad et du régime iranien) .


En conclusion, il est amusant et intéressant de constater qu'en plus d'une heure de débat, dont le thème était censé être la liberté d'expression, pas un seul intervenant ni membre du public n'aura abordé la question du blasphème et de ses conséquences sur leurs auteurs. Pendant que Souhail Chichah palabrait sur les pauvres victimes des lois antinégationnistes et antiracistes et ergotait sur la persécution médiatique des antisionistes et des critiques de l'Etat israélien, personne n'aura fait remarqué à cet énergumène ce qui est arrivé à Théo Van Gogh, Redeker, Ayaan Hirsi Ali, Taslima Nasreen ou Mohamed Sifaoui après avoir critiqué l'Islam ou l'islamisme. Il est certain que les pauvres victimes de ces lois fascistes qui punissent le racisme et le négationnisme sont bien plus à plaindre que le défunt Théo Van Gogh, l'apatride Taslima Nasreen et le reclus Robert Redeker. Ce qui m'amène à la question que j'aurai voulu poser à Olivier Mukuna et Souhail Chichah (mais n'ayant pas eu le privilège d'être parmi les élus ayant reçu le micro, je ne pus le faire): eux qui se présentent comme d'ardents défenseurs de la liberté d'expression, où étaient-ils lorsque Robert Redeker reçut des menaces de mort après la publication de son article sur l'Islam? Où étaient-ils lorsque Taslima Nasreen se fit agresser et menacer pour avoir critiqué l'Islam? Où étaient-ils lorsque Mohamed Sifaoui dut réclamer la protection de la police après avoir été menacé à mort suite à son reportage sur l'islamisme? Où étaient-ils lorsque Khomeiny demanda la mort de Salman Rushdie suite à ses versets sataniques? Où étaient-ils lorsque Kurt Westergaard, le caricaturiste danois, se fit attaquer par un fou de Dieu armé d'une hache, alors qu'il se trouvait chez lui avec sa petite-fille? Et comment cela se fait qu'ils sont particulièrement bruyants lorsqu'il s'agit de défendre des négationnistes, des antisémites et des racistes avérés, mais extrêmement silencieux voire absents lorsqu'il s'agit de prendre la défense des blasphémateurs victimes de l'intégrisme religieux?

P.S.: Souhail Chichah, particulièrement friand en lapsus, dira à un moment donné du second débat, qu'il ne "peut pas dire son avis sur le négationnisme vu que c'est interdit". Intéressant et troublant, car si critiquer le négationnisme n'est pas interdit par la loi, le promouvoir voire le faire l'est.

[1]http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/02/26/1221-dieudonne-reclame-la-grace-de-kemi-seba-et-voit-le-pen-comme-le-candidat-des-afro-europeens-des-africains-des-gens-d-outre-mer

[2]http://www.dailymotion.com/video/x8cm4m_la-verite-sur-kemi-seba-et-le-m-d-i_news

[3]http://www.nbpp-francophone.com/black-pempers-center/

[4]http://www.dailymotion.com/video/x7xhwy_dieudonne-fait-applaudir-le-negatio_news

[5]mms://80.15.233.149/7/988/10199/3f97c7e6/ftvigrp.download.akamai.com//10199/horsgv/regions/siege/france3/cesoiroujamais/20070621_csoj.wmv

[6]http://parlemento.com/elections/le-premier-ministre-turc-au-mariage-de-la-deputee-voilee-du-cdh/

[7]http://www.vitelu.be/?p=723

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