dimanche 6 février 2011

Pas de deux entre M.Léonard et Tariq Ramadan sur l'homosexualité

De l’homophobie dans les yeux des bigots

Que de polémiques ces derniers jours concernant les propos de l'archevêque Léonard, que d'indignations largement justifiées et méritées pour les dires de cet intégriste catholique visiblement plus enclin à défendre ses dogmes que ses fidèles. Si ces derniers temps les médias se sont focalisés sur ses récents propos sur le sida et les prêtres pédophiles, cela serait faire injure à sa franchise légendaire et bigotante que de résumer sa personne à ces deux malheureux propos. Alors pour faire honneur à son franc-parler tant admiré par les grenouilles de bénitier, laissez-moi vous rappeler un peu la haute opinion que « Monseigneur » a des homosexuels à l’aide de quelques citations:

« Je comprends que, dans certains milieux, on se montre prudent quant à l'engagement de personnes homosexuelles pour des missions éducatives concernant des jeunes » [1]
« Répétant qu’il se prononçait sur un comportement plutôt que sur des personnes, il a établi une comparaison entre sa vision de l’homosexualité et de l’anorexie. « Je vais faire une comparaison : l’anorexie est un développement qui n’entre pas dans la logique de l’appétit, mais je ne dirai jamais que les anorexiques sont des anormaux » [2]

Ah ! Ne soyons pas de mauvaise foi, M. Léonard (que je n’appellerai jamais Mgr pour tout l’or du monde) a L’IMMENSE tolérance de faire la distinction entre « le comportement et la personne ». En effet, pour les dévots de son acabit, critiquer le comportement n’est évidemment pas la même chose que critiquer la personne, d’ailleurs Michel Ghins, tout autant traditionnaliste, refuse le qualificatif d’homophobe pour ses propos lorsqu’il clame que « l’homosexualité est inférieure à l’hétérosexualité »[3]. Un brillant stratagème de rhétorique pieuse qui, ayons l’honnêteté de le dire, va dans le sens des enseignements de l’Eglise catholique et du pape, pour reprendre les propos du catholatre Daneels [4], certes moins médiatique, moins tonitruant et relativement discret (en particulier lorsqu’il s’agit de dénoncer un prêtre pédophile). Imaginez-vous, il n’y évidemment rien d’homophobe à dire que l’homosexualité est anormale ou inférieure, tout comme il n’y a rien de raciste à dire que la peau noire est sale et la représentation du mal (ou inférieure à la peau blanche pour reprendre la doctrine des mormons) et rien de sexiste à dire que le sexe féminin est peu apte à utiliser de sa cervelle !

Tariq Ramadan, la même homophobie, le charisme en plus

Pour notreseigneur, aucun problème évidemment dans ces propos, l’absurdité éhontée faisant office de ferveur religieuse. Il a donc repris de plus belle récemment dans une lettre adressée à ses concitoyens catholiques (nous pauvres mécréants ne sommes évidemment pas dignes de son attention), publiée dans plusieurs journaux. Voici l’extrait qui nous intéresse :

« Je pense, d’un point de vue philosophique, qu’il y a dans la tendance et dans la pratique homosexuelle, une orientation qui n’est pas cohérente avec la logique objective de la sexualité. […] Certains expriment cela en disant que la tendance homosexuelle n’est pas « normale » ou est « anormale ». Pour ma part je fuis ce langage, sauf quand le « questionneur » l’utilise avec insistance. A la rigueur, on pourrait si l’on y tient vraiment, risquer de dire que  cette tendance n’est pas normale, en ce sens qu’elle n’est pas en cohérence avec la logique objective de la sexualité. Mais il vaut mieux l’éviter en raison de l’ambiguïté du terme. Et de toute façon, cela n’autorise en aucune manière de dire que les homosexuels sont des « anormaux », ce qui serait gravement injurieux (…) ». [5]

Là alors, faisant usage de mes modestes connaissances en matière d’intégrisme, je me suis rappelé de propos parfaitement identiques dans la bouche d’un autre intégriste, certes plus jeune, plus beau et nettement plus charismatique, mais tout aussi homophobe. Le dénommé Tariq Ramadan. Il suffit en effet de comparer les diverses citations (en particulier les passages en gras) du namurois à ce qu’il dit pour deviner cette homophobie patente découlant de milliers d’années de répression sexuelle et réunissant de façon œcuménique les intégristes de tout bord. Une homophobie présente, je tiens à le rappeler, dans énormément de religions, du bouddhisme au judaïsme en passant par nos 2 monothéismes favoris.

Voici donc ce que dit le prédicateur dans le livre « Peut-on vivre avec l’Islam » (que j’ai en ma possession) :
« J.N.Mais sont illicites, comme vous le dites, un certain nombre de pratiques et en particulier, l’homosexualité. L’homosexualité n’est pas encouragée, elle est tolérée tout au plus ? 
T.R. L’homosexualité n’est pas permise en islam et sa légalisation publique, comme on le revendique en Europe ne peut être envisagée ni sur le plan de la reconnaissance sociale, ni sur le plan du mariage, ni sous une autre forme. Il y a là une limite quant à l’expression de la norme qui s’applique à l’espace social et public.
    Le débat sur l’homosexualité est complexe et il met en présence en tout cas 2 conceptions de l’homme : pour l’islam, l’homosexualité n’est pas naturelle et elle sort de la voie et des normes de la réalisation des êtres humains devant Dieu. Ce comportement révèle une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre. Il ne s’agit pas de développer un discours de rejet, de condamnation de « ces malades », qui nous entourent. Certains musulmans, savants ou moins savants, parlent de la sorte, et je ne m’associe pas à ce discours ». [6]

Tout y est ! La dénonciation de l’homosexualité que Ramadan, pleutre mais habile avec les mots, cache derrière « l’Islam » (alors que les musulmans véritablement progressistes vous diront le contraire), le fait que « l’homosexualité n’est pas naturelle » (Léonard préfère utiliser le mot « cohérent »), l’anormalité de l’homosexualité («une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre » pour Ramadan) et comble de l’ironie, les deux se cachent derrière l’excuse de ne pas «insulter les homosexuels » (Ramadan dit,lui, qu'il ne faut pas "développer un discours de rejet, de condamnation" ) et se déchargent sur d’autres personnes plus extrémistes (Ramadan sur « certains musulmans » visiblement plus barbares et moins rusés, Léonard sur « certains » tout court).

Une similitude que Caroline Fourest a brillamment exposé dans son livre « Frère Tariq », mais aussi lors de son duel avec ce dernier, qui disait sur les plateaux de Ce soir ou jamais, je cite « l’homosexuel (sic) comme le dit le christianisme, le judaïsme, le Dalaï Lama et l’Islam, ça n’est pas permis en Islam. Ma position est de dire, respect des personnes même si nous ne sommes pas d’accord avec ce que ces personnes font », ce à quoi elle répondit avec humour « comme le pape. Je condamne le pêché mais pas les pêcheurs, dans ma grande compassion. »[7].


Tariq Ramadan, dans la droite lignée des fondamentalistes protestants

Je ne peux évidemment pas m’empêcher de vous lire la fin de la réponse de Tariq Ramadan, qui poursuit avec les mêmes propos ignobles :

« Aujourd’hui, c’est une analyse et une réflexion en amont qu’il faut développer : la limite, je l’ai dit, est claire quant à l’interdiction mais l’accompagnement doit tenir compte de la société, de l’environnement, de l’histoire personnelle des êtres. Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais d’accompagner, d’orienter, de réformer pour accéder à l’équilibre de la spiritualité, de l’intimité et de la vie du corps ».

Oui vous avez bien lu, pour M. Ramadan, il faut « orienter et réformer » les homosexuels. Voici une pensée typiquement fondamentaliste, qui ne date pas d’hier et n’est évidemment pas réservée aux islamistes. Nous retrouvons exactement la même chose en Amérique, chez les fondamentalistes protestants, très nombreux et extrêmement influents (notamment via un lobby particulièrement puissant qui s’oppose à toute réforme progressiste concernant les gays, l’avortement etc…). La technique ? La « conversion therapy », qui selon les bondieusards d’outre-Atlantique, permettrait de convertir un homo à l’hétérosexualité, en les amenant dans des sortes de « centres » où l’on rééduque ces infâmes homosexuels. Une technique décriée par toutes les organisations de psychologie ou de psychiatrie et qui a causé de nombreux suicides parmi les homosexuels. Fortement ancrée dans la culture américaine, nous retrouvons même une satyre de cela dans un épisode de South Park[8] ! Pour en lire plus sur le sujet, je vous conseille la page wikipedia « conversion therapy » (en anglais) ou cet article de blog [9] (en français lui).

Le relativisme culturel : un racisme larvé

La véritable question, maintenant, est de savoir comment un Léonard peut passer aux yeux de tout le monde comme un catholique tenant des propos « moyen-ageux » (pour reprendre une expression que j’ai lu mais dont je ne me rappelle plus l’auteur), alors que notre ami Tariq Ramadan lui est vu dans les yeux de pas mal de mes camarades de gauche comme un musulman modéré, voire progressiste. Ces personnes, que d’aucuns appellent les « islamo-gauchistes », sont omniprésentes en Angleterre et dans les pays anglo-saxons communautaristes, et particulièrement nombreuses dans les autres, le pays le moins touché étant la France où une bonne partie de la gauche, imprégnée de cette tradition laïque, du républicanisme et de l’universalisme français, ne se fait pas avoir par les sirènes des chantres du relativisme. En Belgique, les dignes représentants de cette gauche obscurantiste vont de Philippe Moureaux à Radouane Bouhlal en passant par Nadine Rosa-Rosso et Marc Jacquemain, ce dernier étant particulièrement prolixe sur le sujet, traitant les laïques comme Nadia Geerts, Caroline Fourest ou Guy Haarscheer de racistes (ou tout du moins de faire « leur jeu »). Un écrivaillon, sur lequel je me pencherai prochainement dans un autre texte, pour qui Mohamed Sifaoui serait un « parano »[10] et qui affirme que nous retrouvons « des éléments de modernité, notamment au niveau de la condition des femmes, en Iran »[11].

Pour ces gens-là, je serais un raciste parce que je critique le voile, l’islamisme et l'intolérance qui en fait partie (homophobie, misogynie, sexisme,...). Mais ils se trompent. Les gens qui regardent les musulmans de manière si paternaliste, qui les regardent comme des gens inaptes à comprendre les bienfaits des Lumières et de la laïcité, les gens pour qui l’Islam se résume au voile et pour qui ce dernier n’est pas un symbole réactionnaire découlant d’une interprétation archaïque du Coran mais bien un symbole islamique comme un autre, ou qui pensent que les Frères Musulmans sont des musulmans et non pas des islamistes, ces gens-là SONT les véritables racistes. Ils sont plus prompts à critiquer les intégristes catholiques que les islamistes, parce que pour eux ces gens sont musulmans, et les muslmans sont « différents » et voués à être fondamentalistes et sexistes. Ils les regardent un peu comme le touriste qui a un point de vue exotique sur la « culture de l’autre » vivant dans un autre pays. Si j’applique la même grille d’analyse pour les musulmans que pour les chrétiens, ce n’est pas par racisme, mais justement parce que je considère les Belges musulmans comme des citoyens de mon pays, et non pas des étrangers vivant ici, et surtout, je considère les musulmans comme des êtres humains à part entière, ni inférieurs ni supérieurs et capables de raisonner comme les autres.

Enfin pour terminer, je tiens à rappeler aux admirateurs des mouvements comme « les indigènes de la république » et aux adeptes de cette critique "post-coloniale" de la société, que lorsque la France colonisa l’Algérie, les Français ne s’émouvaient guère à la vision des voiles de certaines, bien au contraire !  Les colons s’amusaient de cela, les considérant comme des « indigènes » et donc des gens « inférieurs ». Ce type de mentalité, nous la retrouvons chez nos compatriotes pour qui certaines pratiques et points de vue sexistes et homophobes ne feraient après tout que « partie de leur culture », et donc qu'il ne faut pas le critiquer. Une vision particulièrement relativiste et paternaliste que l’humaniste et l’universaliste que je suis ne supportera jamais, car l'humanisme, la philosophie des Lumières et la laïcité ne sont pas des valeurs occidentales, ce sont des valeurs UNIVERSELLES.


[1] « Monseigneur Léonard : entretiens avec Louis Mathoux » 2006
[2] http://archives.lesoir.be/m-sup-gr-sup-leonard-compare-homosexualite-et-anorexie_t-20100124-00T0VK.html
[3] http://www.rtbf.be/laune/emission/detail_mise-au-point?id=23
[4] http://archives.lesoir.be/le-cardinal-danneels-reste-muet_t-20070407-00A83N.html
[5] Lesoir du Jeudi 4/11/2010
[6] http://www.youtube.com/watch?v=9FWnk-gi5Yw&feature=related à 6:20
[7] « Peut-on vivre avec l’Islam ? Entretien avec Jacques Neirynck » p. 152
[8] http://en.wikipedia.org/wiki/Cartman_Sucks
[9] http://seigneur101.blogspot.com/2009/04/conversion-therapy-overcoming.html
[10] La revue nouvelle, septembre 2010, p. 31
[11] « Du bon usage de la laïcité » Ed. Aden

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire