lundi 6 juin 2011

Note du 6/6/2011, désaccord avec Caroline Fourest

Il est rare que je ne sois pas d'accord avec cette éminente intellectuelle, l'une des plus valeureuses combattantes de la laïcité aujourd'hui, néanmoins sur l'Europe je ne peux qu'affirmer mon désaccord total concernant son avis sur la situation en Grèce (voir son dernier billet : http://www.franceculture.com/emission-la-chronique-de-caroline-fourest-chronique-de-caroline-fourest-2011-06-06.html) et ce pour 3 raisons:


1) Les Grecs ont toutes les raisons d'être en colère contre l'Europe. Pourquoi? Parce que c'est l'Union Européenne qui dans les années 80 et 90 fut la première force de dérégulation et de privatisation, avec ses tombereaux de directives ultralibérales de concurrence et de privatisation notamment des services publics. Parce que c'est l'Europe de Lisbonne qui empêche les Etats d'emprunter à la banque centrale nationale ou la Banque Centrale Européenne (article 123, ex article 104 de Maastricht) les forçant à emprunter à des taux exorbitants aux marchés (plus de 20% maintenant!) qui eux peuvent emprunter à des taux ultra bas (moins de 2/3%) à la BCE. C'est l'Europe, avec le FMI qui en est devenu une institution quasi-officielle, avec la BCE et la commission, qui en imposant des mesures d'austérité outrancières a contracté la demande et encore plus ruiné l'économie grecque (la plupart des économistes sont d'accord avec cela) qui est forcée d'encore plus privatiser dans un cercle vicieux sans fin. C'est donc bien l'Europe qui est laaargement responsable de la situation actuelle de la Grèce.

2) Les Grecs ont certes voté pour leurs élus mais qui d'autre aurait pu faire une politique de gauche digne de ce nom? Quand on a comme choix qu'une gauche molle et vendue, et une droite austère et vendue, les deux ayant leur corruption respective, que pouvaient faire les Grecs, si ce n'est s'abstenir ou voter pour ces deux-ci? Je ne vois pas là non plus encore une fois une quelconque responsabilité des Grecs. Sans parler du fait qu'avec ou sans gouvernements différents, à moins d'une rupture avec l'Europe de Lisbonne/Maastricht, la Grèce était obligée légalement d'appliquer les directives et règlement de l'UE qui appellent tous à la dérégulation et la privatisation!

3) Quand bien même le peuple grec aurait une responsabilité dans sa situation actuelle, personne ne mérite le traitement inhumain que lui réserve la troïka, et aucun pays ne mérite autant de destructions des services publics et acquis sociaux notamment l'éducation, la culture et probablement la santé. L'un des reproches communément envoyés à ce pauvre pays est la corruption minant sa société. Soit. Admettons que la corruption gangrène la société grecque plus que d'autres européennes, mais dans ce cas-là, ne faut-il pas combattre justement cela? Et comment combattre cela si ce n'est à l'aide d'une police républicaine financée par l'Etat? Comment assurer une politique de répression contre la corruption tout en pratiquant une politique de privatisation acide rongeant ce qui reste d'Etat social dans ce pays? Privatisation qui est Reine de la corruption?

La Grèce a suivi à la lettre les injonctions de la pensée dominante néolibérale et maintenant ce même système voudrait rejeter la faute de ses turpitudes sur un pays qui lui a pourtant obéi, c'est un comble!

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