jeudi 14 juillet 2011

Brève note sur le "laïcisme"

Ce court article n'a pour modeste but que d'essayer d'informer un peu plus sur un terme trop utilisé par les sophistes en tout genre, je parle bien évidemment de celui de "laïcisme". On peut le lire sous la plume de divers auteurs tous connus pour leur haine de la laïcité, généralement perfidement habillée des divers oripeaux de la bienséance ou de l'intellectualisme, qu'il s'agisse des intégristes religieux comme le Pape Benoit XVI ou Tariq Ramadan, des intellectuels idiots utiles de ces premiers comme Marc Jacquemain ou Jean Baubérot, ou des politiciens trop contents d'instrumentaliser la religion à de basses fins politiciennes comme Nicolas Sarkozy. 


Il m'est arrivé récemment de lire la définition de wikipedia de ce mot, là voici: 
"Le laïcisme est un courant d'idées qui vise à protéger activement la vie publique de toute ingérence religieuse. Si la laïcité applique avec une certaine souplesse la séparation de l'État et des Églises, le laïcisme souhaite réduire la vie religieuse des citoyens à la seule sphère privée, hors de toute manifestation sociale et publique.

Bien qu'il s'en rapproche beaucoup, le laïcisme n'est pas l'anticléricalisme. Ce dernier consiste à estimer que le clergé est trop puissant, voire nuisible, et doit être jugulé. Le laïcisme lui, concerne les marques de l'influence religieuse indépendamment des clergés et des Églises, par exemple lorsqu'un politicien excipe de sa foi pour justifier ses positions.

(...)

Au sens strict, le laïcisme apparaît en contradiction avec l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme selon lequel la liberté de pensée, de conscience et de religion implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites7.
L'article 9 de la Convention européenne précise quant à lui que ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.
L'alinéa 2 ajoute toutefois que La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui."(1)

Cette définition est grotesque et infondée. Le laïcisme n'existe pas, le laïcisme est un terme qui date du 19ième/début 20ième siècle, quand le réveil des esprits se mit à entraîner avec lui une succession de lois laïcisant l'enseignement, car il était encore sous l'emprise du clergé, et d'autres domaines et institutions. Ce "laïcisme" a donc permis d'affirmer la liberté de conscience notamment des jeunes enfants, qui fait que maintenant un enfant de confession musulmane ou protestante n'a plus à avoir des cours de religion catholique dans l'école de la République (en France où la laïcité est d'Etat).

Quant au mot lui-même, il est une pure invention cléricale, inventée de toute pièce par les ultramontains et autres obscurantistes de l'Eglise catholique de l'époque qui, rappelons-le, était antidémocratique, antirépublicaine (Léon XIII fut un peu plus modéré que ses successeurs), théocratique, antisémite, antimoderniste et j'en passe. On peut lire par exemple dans l'encyclique quas primas un passage où le pape fustige le "laïcisme", et regrette le bon temps des théocraties :

"La peste de notre époque, c'est le laïcisme, ainsi qu'on l'appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles.

Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n'est pas apparu brusquement; depuis longtemps, il couvait au sein des Etats. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations; on refusa à l'Eglise le droit - conséquence du droit même du Christ - d'enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l'autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants."(2)

Les antiphilosophes du XVIIIe siècle avaient aussi ce genre de néologismes. Opposés aux idées des Lumières, ils inventèrent des termes comme le "droits-de-l'hommisme" (et on voit bien qui l'utilise encore aujourd'hui...), le "tolérantisme" et autres "ismes" qui tentent de faire passer ces idéaux pour d'autres religions. Maintenant, l'on voit les cléricaux comme Tariq Ramadan et ses apôtres tels que Marc Jacquemain utiliser le terme laïcisme pour mettre sur un même pied le poison et son antidote, c'est-à-dire l'intégrisme religieux et ce que ces gens appellent de manière éhontée "intégrisme laïque". Pourtant, la laïcité ne peut pas être laïcisme ou intégrisme, puisque l'intégrisme religieux c'est la volonté d'imposer via la sphère publique son particularisme religieux, et que la laïcité elle-même est forcément imposée à tous afin que tous ne puissent imposer leur particularisme respectif. Et alors que l'intégrisme religieux cause partout morts et reculs des droits de nombreuses "minorités" (femmes, athées, homos, autres religions, autres courants dans une même religion), la laïcité, même poussée à son paroxysme, n'a jamais fait que séparer de manière stricte la religion et l'espace public. Car laïcité n'est point athéisme d'Etat.

En outre, ces définitions de wikipedia, sont infondées et reposent sur une erreur de conceptions des sphères d'expression et d'autorité. Je me permets de citer le magistrat Charles Arambourou, qui émet la bonne distinction entre: "
a) La « sphère de l’autorité publique », très restreinte, inclut l’Etat, les Pouvoirs publics locaux, les services publics. C’est là seulement que s’applique le principe de laïcité, = séparation d’avec les religions, obligation de neutralité religieuse absolue et d’égalité de traitement des citoyens (ou usagers). D’où l’interdiction du port de signes religieux par les agents publics ou les élus dans l’exercice de leurs fonctions (mais aussi pour le président de la République, de se signer quand il représente la France !). D’où également l’interdiction de subventionnement des cultes (cf. a contrario constructions de mosquées sur fonds publics !).

b) La « société civile » : c’est tout ce qui ne ressortit pas à la sphère de l’autorité publique, soit la majeure partie de l’espace d’un individu. La religion relève de la société civile, dans le cadre du droit privé associatif (innovation de la loi de 1905)… comme le sport (loi de 1901). La société civile est le domaine des libertés publiques et privées, dans le cadre de l’ordre public défini par la loi. Mais ce qu'on appelle couramment « l’espace public » n’est pas astreint à l’obligation de neutralité !"(3)

Donc cette définition du laïcisme est erronée, puisqu'elle amalgame des notions comme l'Etat, la "vie publique", etc... Vouloir cette séparation la plus stricte c'est vouloir écarter la religion de la politique, de l'Etat et de toutes ces aires où c'est le citoyen qui décide, pas interdire l'expression religieuse dans la rue (ce qui serait en effet contre la CEDH), comme le port du voile, (le voile intégral est une autre chose) dans les limites de l'ordre public. Car le citoyen est par définition laïque dans une République, il fait partie de la sphère publique, c'est une notion spécifique à celle de la République qui veut que l'on décide en politique (par exemple en votant) non pour le bien de soi mais pour le bien de tous. Après, l'individu, dans la société civile, c'est autre chose, et là il peut être athée, croyant ou agnostique, cela relève de sa liberté de conscience et donc par là de culte. 



En conclusion, tout cela sert à éviter les débats stériles et les conflits inutiles dans la vie citoyenne, en écartant tout ce qui relève de la vérité révélée afin de mettre en avant la Raison, universelle, seule capable d'émanciper l'humanité et de l'amener à diriger son propre destin consciemment. Appeler cela laïcisme, c'est déjà déclarer la guerre à la liberté de conscience et à la politique au sens noble du terme.


(1)Prise le 15 juillet 2011 à 1:03
(2)http://www.vatican.va/holy_father/pius_xi/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_11121925_quas-primas_fr.html
(3)http://www.mezetulle.net/article-la-laicite-face-aux-libertes-religieuses-par-c-arambourou-69590404.html

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire