jeudi 22 septembre 2011

Mini compte-rendu de la conférence Sifaoui-Spitaels-Nasraoui sur les révolutions arabes

Très agréable conférence au départ, elle a vite tourné au vinaigre lorsque le débat s'est mis à tourner autour de l'islamisme. Au départ Sifaoui expliqua comment il tentait de faire de la pédagogie en Occident afin de faire comprendre que dans les pays arabes "il faut savoir compter au-delà de deux", c'est-à-dire compter sur d'autres mouvements que l'éternel manichéisme dictature/islamistes. Guy Spitaels expliquera aussi qu'il est moins euphorique que la majorité des médias à propos de l'avenir de ce qu'il appelle, lui, des révoltes: seule la Tunisie lui semble être à même d'arriver à former une démocratie, probablement sur le modèle turc. Nasraoui quant à elle donnera son avis sur les révolutions (s'en suivra un débat sur la définition de ces évènements, révoltes ou révolutions), leur rapidité et comment on est arrivé là.

Ca c'est pour le début (pardonnez la description lapidaire et peu ordonnée chronologiquement). La suite sera une succession de controverses sur l'islamisme dans ces pays et notamment un échange particulièrement piquant entre Nasraoui et Sifaoui sur l'Algérie. Après avoir expliqué ce qui s'était passé en Algérie avec le coup d'état militaire qui suivit la victoire électorale du FIS, coup d'état que Sifaoui avait soutenu, Nasraoui lui demande s'il est toujours convaincu de sa décision et s'il ne pense pas que la suite des évènements a donné tort à son soutien. Commence alors une longue argumentation de Sifaoui cinglante contre les illuminés du FIS et les raisons de son soutien au coup d'Etat: menaces de mort répétées envers les intellectuels, journalistes, féministes, etc... prêches quotidiens appelant à la théocratie, propos explicitement antidémocratiques ("on abolira la démocratie et instaurera la charia après notre victoire électorale"), complicité de certains militaires et actes sauvages de milices islamistes précédant l'entrée en politique du FIS. Long réquisitoire contre le fanatisme religieux, je ne pouvais qu'être heureux d'enfin entendre ce genre de propos dans mon université après les ratiocinations Chichaesque et Baudouin Loosienne (venu pour l'occasion) sur les gentils "démocrates islamistes". Nasraoui, qui mérite tous les honneurs pour son combat contre la dictature, fera selon moi preuve d'énormément de naïveté en disant qu'il aurait mieux fallu les laisser gagner, malgré les innombrables appels monstrueux et barbares, car de toute façon les Algériens les auraient combattu et auraient gagné sur le long terme. C'est oublier les propos de Saïd Saadi "l'intégrisme au pouvoir c'est comme la mort, on ne le vit qu'une fois". J'aurais voulu lui dire: aurait-elle fait preuve d'autant de compréhension face à la montée au pouvoir d'Hitler sachant ce qui s'était passé? Quid de l'interdiction des milices fascistes en France les empêchant d'y arriver? Quid des nombreuses dispositions contre les partis antidémocratiques en "Occident"?

Spitaels se fâchera à propos de ce détournement du débat, puisque d'ailleurs "l'Algérie ne fait pas partie des 6 pays en proie aux révoltes", et discutera de néocolonialisme, de réalisme ("l'Occident continue de traiter avec des dictatures"), tiendra de nombreux propos pleins de sagesse notamment sur les pratiques américaines en Irak, mais le débat reviendra plus tard sur l'islamisme. En parlant de la Tunisie, Sifaoui expliquera sa méfiance à propos des partis islamistes qui ont par exemple récemment attaqué la projection de "laïcité inch allah" de Nadia El Fani. Nasraoui lui répondra que "ces islamistes sentaient le vin" et qu'il s'agissait probablement d'une manipulation de la DST tunisienne. Nasraoui semblera particulièrement exaspérée par les prudences de Sifaoui contre les islamistes, "n'ayant pas peur, elle, des islamistes", et parfois même un peu trop sur la défensive, en grande partie à cause des perpétuelles agitations du chiffon islamiste dans le passé. Spitaels continuera à tenter de remettre un peu de clarté et de distance dans ce débat devenu passionné.

Mais vient alors la fin, et après plusieurs couplets de Spitaels en guise de conclusion, particulièrement acharnés contre les turpitudes occidentales qui selon lui, semble-t-il, sont les uniques fautives dans la création et l'émergence de l'islamisme, il citera le fameux et fumeux intellectuel François Burgat, connu chez les laïques algériens comme étant le "complice des égorgeurs" (Rachid Boudjedra), le décrivant comme son islamologue préféré. Et là coup de théâtre, après ce qui semblait être la conclusion, Sifaoui prendra la parole pour le dénoncer, provoquant une sorte de départ absurde de Spitaels, sous un coup de colère incompréhensible du moins de là où je me trouvais, qui ira alors se rassoir dans le public pendant que Sifaoui terminera ses propos. Au même moment, la salle se vide un peu, et j'entraperçois la face rouge sang de Baudouin Loos quittant la salle, probablement peu enclin à entendre la sévère raclée verbale que se prendra son idole Burgat dans quelques instants. Car oui en effet, Sifaoui ne supporte pas cette source, qui "n'est pas une référence pour lui". Et lui de se mettre à non seulement expliquer de façon concise ce qu'est l'islamisme, doctrine fascisante au demeurant, avec un corpus idéologique qui ne date pas, contrairement à ce que semblait penser Mr. Spitaels, mieux inspiré en d'autres occasions, des multiples colonisations occidentales, mais de bien plus loin dans le passé. Citant de mémoire les propos d'idéologues islamistes, expliquant la situation des minorités religieuses, sexuelles, etc... dans la doctrine des frères musulmans, il fustigera la complaisance éhontée voire même l'empathie d'un Burgat envers cette confrérie folle, sous les hués de quelques débiles mentaux visiblement acquis à cette cause dans le public, qui lui diront, avec la classe d'un Souhail Chichah, que "ce n'est pas vrai", "c'est faux", "n'importe quoi", pour ensuite quitter la salle. Nasraoui concluera finalement le débat en exprimant sa méfiance des islamistes mais aussi celle qu'elle a des contre-révolutionnaires.

Fin mouvementée, donc, avec un Sifaoui ne comprenant pas vraiment la réaction de Spitaels (entendu après une poignée de main franche) comme probablement beaucoup de personnes. C'est dommage, car Spitaels tint de nombreux propos pertinents tout au long du débat, qui fut de toute façon passionnant.

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