samedi 24 mars 2012

Jean Quatremer, un inquisiteur des temps modernes

Ce fascinant passage de l'excellent ouvrage des journalistes Christophe Deloire et Christophe Dubois (1) semble montrer ô combien l'européisme (2) est aujourd'hui devenu une énième secte parmi les sectes, une religion des temps sans religion, avec ses ouailles, ses clercs et ses inquisiteurs professionnels. Aujourd'hui, l'un de ses plus fervents zélotes, Savonarol des temps modernes, n'est autre que le bienheureux cardinal Jean Quatremer, dont le fanatisme n'a eu de cesse de démolir avec méthode et acharnement quiconque osa formuler la plus simple critique de la construction européenne actuelle, allant jusqu'à comparer le socialisme de Mélenchon au "socialisme national" (sic) (3). En bref, vous êtes un nazi si vous êtes attaché à la nation ou si vous pensez que l'eurolibéralisme n'est pas la panacée à tous nos problèmes. Le même monsieur, chantre de l'intrusion des journalistes dans la vie privée des politiques - astuce pour détruire la politique et la démocratie : abolir la séparation entre le privé et le public - est on ne peut plus explicite sur la mission de prédication qu'il se donne. On se souviendra en effet qu'il fut parmi l'un des plus odieux et des plus insupportables défenseur du oui à la constitution européenne de 2005. Lisez donc, et admirez :


" Les prédications de Bruxelles

Au centre de notre démocratie, il y a donc le système médiatique. Un de ses rouages, peu connu, se situe à Bruxelles, puisque c'est là que sont les correspondants chargés de suivre les principales institutions. En juillet 2010, le journaliste Jean Quatremer accorde une interview à la revue Médias et au site internet EurActiv. Chargé des affaires européennes pour Libération depuis une vingtaine d'années, le correspondant à Bruxelles est devenu une sorte de référence des Français qui s'intéressent à l'Europe. Moine soldat de la cause communautaire, Quatremer préside depuis septembre 2008 la section française de l'Association des journalistes européens. Récompensé par de nombreux prix, il a même reçu une médaille du président de la République italienne, Giorgio Napolitano, pour l'ensemble de son oeuvre. Ses articles sur des suspicions de mauvaise gestion contribuèrent à la chute de la Commission présidée par le Luxembourgeois Jacques Santer en 1999. Sa réputation est établie et ses papiers sont toujours attendus avec une certaine crainte.

Pourtant, son approche peut surprendre. Dans son interview à EurActiv, Quatremer va ainsi confesser son attitude devant l'Union :

"Pour être à Bruxelles, il faut avoir la passion de la chose européenne (...). Je dirais presque qu'il faut avoir la foi du charbonnier, être persuadé que la construction communautaire se fait dans l'intérêt général (...).

- On ne peut pas être journaliste à Bruxelles en étant eurosceptique ?
relancent les deux intervieweurs.
- Non, je n'en connais aucun. Ou, s'ils le sont, ils repartent très vite. Ce poste exige un investissement total et ne supporte pas le cynisme. Si vous méprisez l'Union, tout devient un non-sujet, ou vous mentez pour travestir la réalité [1]."

Jean Quatremer affirme noir sur blanc que l'on ne peut pas être journaliste à Bruxelles et eurosceptique.

Même à La Croix quand il s'agit de Dieu, même à L'Humanité à propos de la dictature du prolétariat, peu de journalistes oseraient faire ainsi corps avec leur sujet. "Journaliste européen par excellence", professionnel très aguerri, Quatremer prêche d'autant plus qu'il a le sentiment que la plupart de ses confrères à Paris, Marseille ou Nantes sont des impies.




[1] Interview de Jean Quatremer par Clémentine Forissier et Loup Besmond de Senneville, Euractiv/Médias, 30 juillet 2010"


(1) "Circus Politicus", Christophe Deloire et Christophe Dubois, éditions Albin Michel, 2012
(2) Qui est, rappelons-le, et pour reprendre le bon mot de Jacques Nikonoff, à l'idée d'Europe ce que le nationalisme est à l'idée de Nation.
(3) http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/02/le-mal-%C3%AAtre-europ%C3%A9en-du-ps-et-des-verts.html

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