mercredi 28 mars 2012

Léon Bloy le flamboyant, l'âme vitriol

Rien que pour la beauté du style (et le ton à la limite de l'injure qui me fait bien marrer), je me permets de conclure la journée en citant Léon Bloy, admirable pamphlétaire au verbe acerbe, incisif et foudroyant. On le verrait presque agiter sa plume comme un sabre ! Il est de ces écrivains qui semblent scinder l'univers en deux et marcher dans l'espace ainsi créé. Crachant son dégoût de la médiocrité de ses contemporains, Bloy s'érige au sommet de l'art polémique, écrasant de tout son poids toute opposition.

"[A propos de l'écrivain Ernest Hello] La moquerie était vraiment trop facile et ne lui fut pas refusée. Tout ce qui pouvait parler ou écrire dans le marécage de la dévotion lui devint ennemi, bassement et salaudement. Toute la benoîte racaille des écrivassiers vertueux, toutes les trichines à plumes de la librairie catholique, toutes les larves, tous les lombrics, tous les ténias soi-disant littéraires du vieil intestin sacré ; des Lassere, des Pontmartin, des Roussel, des Aubineau, des Loth, des Léon Gautier, exultèrent à cette occasion de ricaner d'un grand homme en demeurant eux-mêmes de sérénissimes crétins à jamais obscurs. Veuillot lui-même ne l'épargna guère, Dieu le sait!
(..)
Ce fut une grande pitié de voir ce noble esprit saturé d'idéal et gourmand de magnificence s'efforcer opiniâtrement à l'ingrate besogne d'ensemencer de son enthousiasme la désolante caillasse du christianisme contemporain, l'infertile silex des cœurs dévots, d'où les marteaux et les meules de la plus concassante fureur ne pourraient pas même tirer d'illusoires étincelles ! Il s'y acharna sans repos, comme un insensé, et jamais on n'avait vu sous l'arche des cieux un prédicateur si solitaire !

Vingt ou trente ans, il s'agita dans son rêve de ranimer ceux qu'il nommait ses frères, par l'inoculation d'un immense espoir, et lorsqu'il criait au centre même des foules, on lui répondait par une si prodigieuse absence de tympans que la soudaine abolition du genre humain n'aurait pu l'isoler d'avantage.
(...)
Je ne vois guère d'analogue à cet écrivain désorbité que le solitaire Pascal. Ils sont, en effet, tous deux, surtout des poètes, et l'étonnement du lecteur est infiniment plus déterminé par leur accent que par leur pensées. Tous deux se sont trompés à des profondeurs incroyables, en dépensant une force à contrepeser la gravitation des cieux. Ils ont lapidé le bon sens avec des comètes. Mais, sacrebleu, quel spectacle !"

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