mercredi 7 mars 2012

Réponse à la propagande libérale anti-Mélenchon publiée sur Causeur.fr

« Dans un monde dominé par la thématique des droits de l’homme, l’offensive menée contre les libertés par le programme du Front de gauche est naturellement amenée à pratiquer la litote. C’est ainsi que ses attaques contre la propriété privée se trouvent exprimée par une formule délicieuse, « Encourager d’autres formes de propriété » : affirmation quelque peu sibylline, heureusement éclairée quelques lignes plus loin : « notre programme prévoit l’extension de la propriété publique par le développement des services publics. Il promeut de nouvelles appropriations sociales par la nationalisation des grands leviers de l’action économique, industrielle et financière », mais aussi l’essor de la « propriété sociale », et des coopératives, auquel s’adresseront prioritairement toutes les commandes publiques. Encourager des formes alternatives de propriété signifie, en clair, décourager la propriété privée des moyens de production. Marchais est de retour. C’est d’ailleurs toujours sur ce mode qu’est abordée la question des libertés : selon une technique consistant à mettre en avant un droit afin d’en éliminer (ou d’en grignoter) un autre. »
Non sequitur. De quelle manière la promotion de la propriété sociale (qui n'est autre qu'une vieille revendication socialiste qui nous vient non pas du marxisme et de G.Marchais mais bien de théoriciens anarchistes, républicains et autres tels que Proudhon ou Leroux) attenterait à la propriété privée du citoyen moyen ? En quoi est-ce que la nationalisation de pans entiers de la société, comme le fit le programme commun en 1981 ou le Conseil National de la Résistance, mettrait en danger la petite maison du petit propriétaire ? La seule propriété privée que cela risque de mettre en danger, c'est celle des monopoles, des oligopoles, des grands propriétaires fonciers, des puissants en somme. Mais la propagande libérale a depuis la nuit des temps consisté à faire du petit l'alibi du dominant.

« Mélenchon évoque ainsi le principe de laïcité, qualifié de « pilier de la République et de condition du vivre ensemble » – car comme chacun sait, il n’y avait pas de République ni de société française avant la loi de 1905. »
La laïcité a toujours été un idéal porté depuis la Révolution française par la République française, mais cet argument ne tient pas la route : cela a été un combat démocratique et donc il est logique qu'elle n'ait pas été proclamée IMMEDIATEMENT à chaque rétablissement de la République. Néanmoins, rappelons au cher professeur de droit public que la revendication de séparation des Eglises et de l'Etat a commencé en 1795 pour revenir à plusieurs reprises comme sous la Commune, et pour culminer en 1905 avec la loi de laïcité. A chaque fois que la République fut proclamée, la laïcité ne tarda pas à la suivre. Mais les forces de réaction jouant elles aussi le jeu de la démocratie, celle-ci dut attendre que le rapport de force soit en sa faveur. Rien de bien surprenant à cela.

« L’avantage de ce genre de principe est qu’il permet de faire (ou de dire) tout et son contraire. Passons sur les détails involontairement cocasses, qui semblent parfois sortis d’un libelle maçonnique du temps du petit père Combes, comme le fait que « le président de la république renoncera définitivement à son titre de chanoine de Saint-Jean du Latran » (sic) »
On sent bien derrière là le vieux fond d'antimaçonnisme des obscurantistes en culotte courte, héritage du clergé anti-révolutionnaire. Mais passons.

« Plus sérieusement, le principe de laïcité tel que conçu par Jean-Luc Mélenchon lui permet de supprimer la liberté scolaire – en prévoyant que plus aucun financement public ne sera alloué à la rénovation des écoles privées. »
Ah ? Le fait d'allouer uniquement les fonds publics à l'école publique serait une grave atteinte à la « liberté scolaire »? Bonne vieille rhétorique de la droite et de l'extrême-droite, substituer la liberté scolaire à l'école de la liberté a toujours été l'argument favori des amis de l'école privée, c'est-à-dire catholique en large majorité. Que la IIIe République fit cela – ce régime liberticide et totalitaire bien connu – le professeur de droit public n'en a cure.

La liberté qui prime est celle de l'esprit de l'enfant, et donc il n'y a rien de plus liberticide que la promotion d'une école dogmatique et cléricale. La liberté scolaire n'implique pas le subventionnement du privé, tout comme la liberté de culte n'implique pas le subventionnement de celui-ci : ce ne sont pas des droits-créances.


« Mieux : il le conduit à déclarer qu’il interdira les sectes- le genre d’annonce qui part d’un bon sentiment mais qui pourrait avoir des effets incalculables, personne ne sachant précisément ce qu’est une secte, comment elle se définit, ni ce qui la distingue d’une religion. Sans même parler des conséquences juridiques qu’aurait une telle interdiction, laquelle mettrait la France en contradiction avec toutes les conventions humanitaires qu’elle a ratifiées (Convention européenne des droits de l’homme, Pacte international sur les droits civils et politiques, Charte des droits fondamentaux de l’union européenne, etc.), et entraînerait à coup sûr sa condamnation par la justice internationale. »
Ce juriste serait donc un devin ?

« L’autre obsession de son programme, ce sont les discriminations – lesquelles, comme chacun sait, sont terriblement présentes dans la vie quotidienne des Français en ce début du XXIe siècle. Pour ce qui est des rapports hommes-femmes, par exemple, il est urgent de se « débarrasser du patriarcat » : un concept que l’on croyait passé de mode depuis la mort de Simone de Beauvoir, mais que les associations féministes qui ont collaboré à l’élaboration du programme ont réintroduit par la grande porte. S’en débarrasser en durcissant les règles relatives au sexisme, en renforçant les contrôles, et en alourdissant les sanctions. « Nous adopterons une loi pour l’égalité qui éradiquera toute discrimination » – notamment, grâce à la HALDE, la Big Sister de la lutte contre les discriminations, dont Mélenchon prône la résurrection, le renforcement et l’installation sur un mode décentralisé, afin qu’aucun lieu de l’hexagone n’échappe à son regard bienveillant. »
Après la domination cléricale, la domination masculine. M. Rouvillois se révèle au grand jour.

« A cet amoindrissement des libertés – droit de propriété, liberté d’entreprendre, liberté scolaire, liberté religieuse, liberté d’expression -, correspond un affaiblissement des organes qui ont été peu à peu établis, dans le cadre de l’État de droit, en vue de garantir lesdites libertés.
Historiquement, la première de ces garanties est sans doute le bicamérisme, qui consiste à diviser le Parlement en deux chambres distinctes afin d’éviter qu’une Assemblée unique et toute puissante adopte des lois à la hâte, sous le coup de la passion, au détriment des droits et des libertés. En France, c’est après l’épisode de la Terreur, où la Convention montra à quel point une assemblée parlementaire pouvait être liberticide, que fut introduit le bicamérisme. Héritière du robespierrisme, la gauche communiste y a toujours été hostile, et c’est ainsi qu’à la Libération, devenue majoritaire au sein de l’Assemblée constituante, elle supprima le Sénat dans un premier projet de constitution de la IVe République. Mais c’est aussi pour cela que, consultés par référendum en mai 1946, les Français refusèrent ce projet, l’absence de Sénat étant considérée comme privant les libertés d’une garantie essentielle. Voilà pourtant ce qu’envisage le programme Mélenchon : « Nous proposerons la suppression du Sénat ou sa réforme profonde pour devenir une chambre au relais des collectivités locales et des initiatives citoyennes ».
 »
Allons allons, cessez de raconter n'importe quoi. Le Sénat n'a été créé que pour une chose : favoriser le conservatisme et accorder un pouvoir supplémentaire aux notables et à la bourgeoisie, effrayée par « l'assemblée du peuple ». Le voilà en outre en train de sonder les âmes des Français, que sait-il en effet des motivations populaires derrière le refus d'un tel projet? Pourquoi faire du Sénat la motivation principale du non au référendum de 46 ? Nous ne le saurons pas.


Source : http://www.causeur.fr/jean-luc-melenchon-ou-les-libertes-mises-au-pas,16149

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