lundi 25 juin 2012

"Petite leçon de socialisme" par un libéral

Sur internet circule une histoire à dormir debout rédigée par un libéral visiblement convaincu (il s'agirait d'un certain Adrian Rogers, mais cela parait peu vraisemblable car la date de l'article semble être celle de la naissance de ce dernier). Titré "petite leçon du socialisme", l'article raconte l'histoire d'une classe d'école qui aurait échoué en adoptant une forme de socialisme qui la conduisit à partager les notes entre élèves, les meilleurs donnant ses points aux moins bons. La thèse est évidente : le socialisme, et partant le partage des richesses, consisterait à voler le fruit des compétences des meilleurs d'entre nous au profit des plus médiocres. Dans cette optique, le riche ne peut être que l'exemple type de l'individu méritant ayant gagné son argent grâce à diverses raisons bien évidemment nobles (mérite, travail, ...). Outre le caractère ridicule d'une telle comparaison (les collectivités composées d'adultes seraient donc comparables aux classes d'école?), les arguments qui sous-tendent une telle vision du monde sont à l'évidence caricaturaux, et ne peuvent par cette raison même que convaincre des convaincus, les mêmes qui n'ont généralement jamais touché une machine d'usine ou un charriot de femme de ménage de leur vie, et ne peuvent ainsi juger dans les faits si une telle théorie se voit confirmée par la réalité. A ce minable gribouillis, nous lui opposerons donc la réponse de Castoriadis à propos de la hiérarchisation de la société.


"Petite leçon de socialisme...


Un professeur d'économie dans un lycée annonce fièrement qu'il n'a jamais vu un seul de ses élèves échouer, à l'exception d'une année, où ce fut la classe entière qui a connu l'échec.

Cette classe était entièrement convaincue que le socialisme était une idéologie qui fonctionnait, et que personne n'était ni pauvre ni riche ! Un système égalitaire parfait.

Le professeur dit lors : "OK donc, nous allons mener une expérience du socialisme dans cette classe. A chaque contrôle, on fera la moyenne de toutes les notes et chacun recevra cette note. Ainsi personne ne ratera son contrôle et personne ne caracolera en tête avec de très bonnes notes."

Après le 1er contrôle, on fit la moyenne de la classe et tout le monde obtint un 13/20.

Les élèves qui avaient travaillé dur n'étaient pas très heureux au contraire de ceux qui n'avaient rien fait et qui, eux, étaient ravis.

A l'approche du 2e contrôle, les élèves qui avaient peu travaillé en firent encore moins tandis que ceux qui s'étaient donnés de la peine pour le 1er test décidèrent de lever le pied et de moins travailler. La moyenne de ce contrôle fut de 9/20 ! Personne n'était satisfait...

Quand arriva le 3e contrôle, la moyenne tomba à 5/20. Les notes ne remontèrent jamais, alors que fusaient remarques acerbes, accusations et noms d'oiseaux, dans une atmosphère épouvantable, où plus personne ne voulait faire quoi que ce soit si cela devait être au bénéfice de quelqu'un d'autre.

A leur grande surprise, tous ratèrent leur examen final. Le professeur leur expliqua alors que le socialisme finit toujours mal car, quand la récompense est importante, l'effort pour l'obtenir est tout aussi important, tandis que, si on confisque les récompenses, plus personne ne cherche ni n'essaie de réussir.

Les choses sont aussi simples que cela.

Voici un petit extrait de discours qui résume parfaitement les choses :

"Vous ne pouvez pas apporter la prospérité au pauvre en la retirant au riche."

"Tout ce qu'un individu reçoit sans rien faire pour l'obtenir, un autre individu a dû travailler pour le produire sans en tirer profit."

"Tout Pouvoir ne peut distribuer aux uns que ce qu'il a préalablement confisqué à d'autres."

"Quand la moitié d'un peuple croit qu'il ne sert à rien de faire des efforts car l'autre moitié les fera pour elle, et quand cette dernière moitié se dit qu'il ne sert à rien d'en faire car ils bénéficieront à d'autres, cela mes amis, s'appelle le déclin et la fin d'une nation. On n'accroît pas les biens en les divisant."

Dr. Adrian Rogers, 1931"

Et la réponse de Castoriadis:

"On met parfois en avant cet argument incroyable, que sans une hiérarchie des salaires la société ne  pourrait pas trouver des gens qui acceptent d'accomplir les fonctions les plus “difficiles” et l'on présente comme telles les fonctions de cadre, de dirigeant, etc. On connaît la phrase si souvent répétée par les “responsables” : “si tout le monde gagne la même chose, alors je préfère prendre le balai.” Mais dans des pays comme la Suède, où les écarts de salaire sont devenus beaucoup moindres qu'en France, les entreprises ne fonctionnent pas plus mal qu'en France, et l'on n'a pas vu les cadres se ruer sur les
balais.

Ce que l'on constate de plus en plus dans les pays industrialisés, c'est plutôt le contraire : les personnes qui désertent les entreprises, sont celles qui occupent les emplois vraiment les plus difficiles c'est-à-dire les plus pénibles et les moins intéressants. Et l'augmentation des salaires du personnel correspondant n'arrive pas à arrêter l'hémorragie. De ce fait, ces travaux sont de plus en plus laissés à la main d'oeuvre immigrée. Ce phénomène s'explique si l'on reconnaît cette évidence, qu'à moins d'y être contraints par la misère, les gens refusent de plus en plus d'être employés à des travaux idiots. On n'a jamais constaté le phénomène inverse, et l'on peut parier qu'il continuera d'en être ainsi. On arrive donc à cette conclusion, d'après la logique même de cet argument, que ce sont les travaux les plus intéressants qui devraient être le moins rémunérés car, sous toutes les conditions, ce sont là les travaux les plus attirants pour les gens, c'est-à-dire que la motivation pour les choisir et les accomplir se trouve déjà, pour une grande partie, dans la nature même du travail.

(...)un système hiérarchique est basé sur la concurrence des individus, et la lutte de tous contre tous. Il dresse constamment les hommes les uns contre les autres, et les incite à utiliser tous les moyens pour “monter”. Présenter la concurrence cruelle et sordide qui se déroule dans la hiérarchie du pouvoir, du commandement, des revenus, comme une “compétition” sportive où les “meilleurs” gagnent dans un jeu honnête, c'est prendre les gens pour des imbéciles et croire qu'ils ne voient pas comment les choses se passent réellement dans un système hiérarchique, que ce soit à l'usine, dans les bureaux, dans l'Université, et même de plus en plus dans la recherche scientifique depuis que celle-ci est devenue une immense entreprise bureaucratique. L'existence de la hiérarchie est basée sur la lutte sans merci de chacun contre tous les autres et elle exacerbe cette lutte. C'est pourquoi d'ailleurs la jungle devient de plus en plus impitoyable au fur et à mesure que l'on monte les échelons de la hiérarchie et que l'on ne rencontre la coopération qu'à la base, là où les possibilités de “promotion” sont réduites ou inexistantes. Et l'introduction artificielle de différenciations à ce niveau, par la direction des entreprises, vise précisément à briser cette coopération. Or, du moment où il y aurait des privilèges d'une nature quelconque, mais particulièrement de nature économique, renaîtrait immédiatement la concurrence entre individus, en même temps que la tendance à s'agripper aux privilèges que l'on possède déjà, et, à cette fin, à essayer aussi d'acquérir plus de pouvoir et à le soustraire au contrôle des autres. Dès ce moment-là, il ne peut plus être question d'autogestion." (Extrait de "Le contenu du socialisme")

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