jeudi 26 juillet 2012

Rêveries d'un voyageur distrait

L'autre jour une occasion me permit de faire preuve encore une fois de ma distraction. Devant me rendre à un endroit, j'eus le malheur de m'assoupir au mauvais moment, laissant ainsi passer l'arrêt attendu. Pourtant, sur ce trajet de train erroné, je fus prit de court par la Beauté. Sur ce chemin sublime, l’innocuité de mon erreur fut vite remplacée par un avantage précieux: l'extase devant la Nature.

Oh les philosophes ont longtemps glosé sur Elle, ils lui ont donné substance quand les poètes lui ont donné absolu. Il ne me viendrait donc pas à l'esprit de tenter une vaine conquête de ces terrains maintes fois explorés - je n'en ai ni l'envie, ni les moyens. Tout juste oserais-je proposer quelques misérables impressions, fruits des tourments de mon âme vagabonde.

Je me mouvais ainsi à la faveur du destin, porté par la grâce mécanique du monstre à tête d'obus, traversant champs et villages l'esprit baguenaudeur. Je me mis alors à observer paisiblement le paysage défiler a contrario avec affolement. Fort heureusement, la machine n'avait guère l'envie de se surmener... Le décor était donc clair, véritable festin dont je me goinfrai sans scrupules.

Ce trajet inopiné fut en effet l'occasion d'observer le superbe en solitaire. Toute cette verdure me régénérait promptement, je respirais par les yeux et récoltais ce vert émeraude avec le lucre d'un orpailleur. Ces grisonnantes petites églises, ces étendues d'herbe que venait claquer amicalement un doux vent estival, ces rangées d'arbres au garde-à-vous et ces nonchalants ruisseaux cristallins, me ravissaient au point de me faire oublier la carcasse métallique qui m'environnait, sorte de vestige de la modernité perdu dans un environnement archaïque. L'appareil se déplaçait ainsi scruté avec attention par des colosses au corps de granit, ces pyramides forgées par le temps que venait garnir comme une barbe une épaisse futaie. Et moi j'admirais.

Il est de fortes sensations qui proviennent de si simples choses... L'émerveillement simple, me disais-je, confine à une extraordinaire félicité. Nul besoin de faire acte de foi écologiste, nul besoin de s'agenouiller. Apprécier humblement, en homme, ce salubre recours aux forêts, suffit. L'on ne dit jamais assez que les arbres, outre l'oxygène, sont d'admirables producteurs de spiritualité. Ils sont les indispensables verticalités d'un monde sans Dieu.

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