jeudi 23 août 2012

Léon Bloy, parce que c'est marre

Et parce qu'il n'y a guère mieux pour invectiver le Bourgeois, qu'un catholique obtus, acharné et absolu. L'idée n'étant pas de cautionner les tombereaux de sottises parfois infâmes, et bien souvent grotesques que déverse sur nos pauvres âmes ce colérique personnage, mais bien d'admirer à la fois un style qui a érigé la calomnie et la critique au rang d'Art, et une certaine lucidité sur son temps ou sur les moeurs de la bourgeoisie, toujours autant affamée de ce « sang du pauvre » qu'est l'Argent.

Avec Bloy, on est sûr d'en prendre pour son grade, on est sûr de le voir caillasser la plus petite ombre qui peuple cette misérable planète. Pas d'échappatoire au père Bloy ! Tous dans l'même sac ! Catholiques, athées, riches, imbéciles, à peu près tous subissent à un moment ou à un autre sa fureur délirante et injurieuse !

C'est avec une verve peu égalée que Bloy brette, et c'est là tout le charme de cet autrement insupportable fanatique. On se souviendra que Barthes avait dit de ce style qu'il était le rachat des « anti-modernes », on le constate pages après pages en ouvrant n'importe quel livre de ce pamphlétaire de génie. C'est un mélange étonnant de souffre et d'encens, d'aristocratie et de scatologie qui aboutit à de virulentes saillies, tellement drôles que l'énervement fait vite place à l'amusement et au rire. Puis à l'admiration, car Bloy est probablement l'un des plus grands écrivains français, du moins l'une des plus belles plumes que la France ait jamais accouchée.

Dans sa solitude désoeuvrée d'ermite, Bloy arrive quand même, on ne sait trop comment, à montrer une attention plus que surprenante envers les plus miséreux, les pauvres, dans la plus pure tradition populiste chrétienne. Entre une diatribe contre ces « cochons » de riches et ces « imbéciles de protestants », il arrive de lire un passage plus que touchant sur les pauvres, ces « Jésus » des temps modernes. 

Un sacré désaltèrement si l'on a eu comme moi la sotte idée de lire un passage d'un livre quelconque d'Ayn Rand, du genre écrit à la truelle et à grand renfort de jus de poisson mort.

Dogmatique ? Intolérant ? Hargneux ? Certes. Mais y a pas à dire, ça envoie l'bois ! 


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Extraits de "Mon journal" (en désordre)

"Je ne suis et ne veux être ni dreyfusard, ni antidreyfusard, ni antisémite. Je suis anticochon, simplement, et, à ce titre, l'ennemi, le vomisseur de tout le monde, à peu près. Je suis, si on veut, l'homme impossible de la Genèse « manus cujus contra omnes et manus omnium contra eum, dont la main est levée contre tous et contre qui la main de tous est levée ». Avec moi on est sûr de ne prendre parti pour personne, sinon pour moi contre tout le monde et d'écoper immédiatement de tous les côtés à la fois."

"Les riches environnent Paris comme une circonvallation de fumier autour d'une porcherie monstrueuse."

 "De toutes les facultés humaines, la mémoire paraît la plus ruinée par la chute. Une preuve bien certain de l'infirmité de notre mémoire, c'est notre ignorance de l'avenir."

"(...)je crois remarquer en notre curé ce mépris armé contre la femme qui est un signe si profondément caractéristique de l'homme médiocre."

"Pas de nouvelles, bonnes nouvelles", dit un lieu commun éternel. Je souscris avec élan à cette forte parole. Cependant, si l'absence de nouvelles de mon ami Henry de Groux, par exemple, signifie que tout va bien pour lui, je dois nécessairement conclure qu'une nouvelle, même excellente, de ce peintre, prouverait que tout va mal, et que plusieurs nouvelles, bonnes ou mauvaises, donneraient à craindre une catastrophe. Rien de plus limpide. Mais tout de même c'est enfantin, car enfin, si des nouvelles ne peuvent être bonnes qu'à la condition de n'être pas, puisqu'il est dit que les bonnes nouvelles ne sauraient jaillir que du néant de toutes nouvelles, il n'est pas moins absurde d'en supposer de mauvaises puisque ces mauvaises ne seraient pas et ne pourraient pas être des nouvelles - la nature, l'essence même des nouvelles étant, comme on se crève à le démontrer, de n'être pas bonnes, parce qu'alors il faudrait invinciblement les taire ; ou de n'être pas mauvaises, ce qui forcerait de les déclarer, chose précisément impossible.

Pour plus de clarté, j'ajoute que les petits ruisseaux font les grandes rivières, que l'habit ne fait pas le moine, qu'il y a bougrement loin de la coupe aux lèvres et qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire."

"Car je tiens à ne perdre aucune occasion de dire que je suis un gueux, ne fût-ce que pour dégoûter les bons chrétiens qui ont la misère en horreur et qui, se prétendant passionnés pour l'art, laisseraient périr sans secours les plus grands artistes de ce monde - à moins qu'ils ne les comblassent d'opprobre en les assistant d'une manière sordide et ignominieuse."

"Il est intolérable à la raison qu'un homme naisse gorgé de biens et qu'un autre naisse au fond d'un trou à fumier. Le verbe de Dieu est venu dans une étable, en haine du Monde, les enfants le savent, et tous les sophismes des démons ne changeront rien à ce mystère que la joie du riche a pour SUBSTANCE la Douleur du pauvre. Quand on ne comprend pas cela, on est un sot pour le temps et pour l'éternité - Un sot pour l'éternité !" 

Extraits de "Exégèse des Lieux Communs"

"[Lieu Commun] XXI

FAIRE DU BIEN AUTOUR DE SOI

Question de périmètre. Moins il est étendu et plus on se fait de bien à soi-même. Cela, je pense, n'a pas besoin de démonstration. Mais quelle sorte de bien faut-il entendre ?

S'il s'agit prosaïquement de venir en aide aux pauvres, ce qui est en désaccord avec les rudiments de l'économie bourgeoise, à quelle distance, autour de moi, faudra-t-il lancer mes croûtes ou mes épluchures pour qu'ils aient le temps de les ramasser avant la survenue des cochons ou des chiens errants ? Car il ne peut être question de leur envoyer des sous ou des centimes, largesse absurde qui les inciterait à faire la noce, ni de les gratifier de bons de pain ou de viande qui les exposeraient à l'indigestion et à l'insomnie.
(...)

XXIV

FAIRE FORTUNE

On fait fortune à peu près comme on fait la vie, c'est-à-dire en se surveillant assez pour ne pas jamais rien faire de propre ou d'utile aux autres et pouvant donner lieu à un soupçon de désintéressement. Alors l'argent vient à vous comme les insectes et les limaces à un fruit tombé.

On est complètement pourri et on est rempli de bêtes horribles, mais on a fait fortune et on est environné de la plus dévote considération. On est fétide, mais on a des pieds d'où s'exhale comme le frais parfum des acacias et des amandiers en fleurs. On est hideux effroyablement mais les Anges eux-mêmes ne paraissent pas plus beaux. Lorsque mourut le milliardaire Chauchard, sa charogne répandit une odeur tellement suave que le pieux clergé de sa paroisse n'hésita pas à lui décerner les funérailles d'un saint. S'il n'y eut pas de panégyrique, c'est que la matière de l'éloge était trop copieuse.

Quand on n'a pas fait fortune, au contraire, quand on a eu pitié de ceux qui souffrent, quand on a cherché, en pleurant d'amour, la Beauté et la Grandeur, on est dans les nuages ou dans les étoiles, c'est-à-dire très au-dessous des animaux les plus immondes. J'ose mettre au défi n'importe quel imbécile régulier ou séculier de démentir cette affirmation. Ouvrez un bourgeois, vous la verrez inscrite autour de son coeur.
(...)

XXXII

TOUS LES GOUTS SONT DANS LA NATURE

Dans la nature du Bourgeois, cela va sans dire. Essayez de vous représenter une telle universalité de goûts chez un poète ! Et remarquez, je vous prie, qu'il n'est pas question de goûts très variés, de goûts très multiples, mais de tous les goûts, depuis le goût de l'ambroisie jusqu'à celui de la merde, inclusivement.

Tel est le Bourgeois, il aime tout et il avale tout. Du moins le malin qu'il est voudrait le faire croire. Mais je connais ses pentes et je ne le vois pas très bien aimant des choses propres. C'est là son indiscutable et sempiternelle supériorité qu'il cache en vain.
(...)

LXVIII

JE N'AI BESOIN DE PERSONNE

Donc, je suis Dieu. Il est remarquable que telle est la conclusion nécessaire de presque toute parole bourgeoise. Je l'ai fait observer plus d'une fois. Les Lieux Communs entrent ainsi les uns dans les autres, comme les tubes d'un télescope ou comme les wagons d'un train rapide tamponné par un train de marchandises. C'est amusant pour le spectateur, mais fastidieux à la longue.

Le rabâchage est l'écueil à peu près inévitable d'un livre de ce genre. J'espère, cependant, que la force me sera donnée d'aller jusqu'au bout. N'ayant pas l'honneur d'être bourgeois, il ne me coûte rien d'avouer que j'ai besoin de tout le monde, à commencer précisément par le Bourgeois qui me fournit ma matière, et qui, appartenant tout de même à notre ondoyante espèce, récompense de quelque diversité l'observateur attentif."

Citations diverses et aléatoirement comiques

"A force d'avilissement, les journalistes sont devenus si étrangers à tout sentiment d'honneur qu'il est absolument impossible, désormais, de leur faire comprendre qu'on les vomit et qu'après les avoir vomis, on les réavale avec fureur pour les déféquer. La corporation est logée à cet étage d'ignominie où la conscience ne discerne plus ce que c'est que d'être un salaud."

"Je crois fermement que le Sport est le moyen le plus sûr de produire une génération d'infirmes et de crétins malfaisants. (...) Ceux qui m'ont lu savent que l'unique sport qui "m'a particulièrement séduit depuis mon adolescence" est la trique sur le dos de mes contemporains et le coup de pied dans leur derrière."

1 commentaire:


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