mercredi 19 septembre 2012

Philippe Muray sur les bobos

"Festivus festivus existe, je l'ai rencontré, vous aussi. A cette catégorie d'individus, le journalisme, dans la période récente, et sous le coup notamment des dernières élections municipales, a trouvé quelques noms. On les a appelés "élites urbaines". Ou "bourgeois-bohèmes" ("bobos" selon l'innavigable vocabulaire des médiatiques). Ou "libéraux-libertaires". On les désigne aussi sous les vocables de "classes aisées", de "catégories moyennes". On les nomme encore "néobourgeois". On relève qu'ils sont majoritairement "cadres" ou "professions intermédiaires". On dit encore qu'ils sont soixante-huitards ou héritiers du soixante-huitisme. Pour achever de nous les rendre encore plus antipathiques, si c'est possible, on nous dit aussi, par exemple dans Libération, qu'ils sont "diplômés et branchés nouvelles technologies, hédonistes mais accros au travail, sourcilleux sur les questions d'environnement et inquiets face à la pollution" ; et enfin, comble du ravissement, qu'"ils s'entretiennent sur des vélos et des rollers, veulent des pistes cyclables et des crèches pour leurs enfants, des bus non polluants et des tramways électriques, des espaces verts et des lieux de consommation culturelle". Voilà autant de synonymes du mot destructeur. Aux dernières élections, les destructeurs se sont, nous précise-t-on, "retrouvés dans un Bertrand Delanoë ou un Gérard Collomb, candidats 3 M (moraux, modernes, modérés)". Ce sont des gens à portables entre les oreilles, aux yeux de qui la glisse est une idée neuve en Europe et qui veulent rollériser sans entraves. Pour mon compte, j'avoue qu'il me semble tout à fait dommageable qu'ils s'entretiennent si bien, que ce soit sur des vélos, sur des rollers ou sur autre chose. A qui manqueraient-ils s'ils disparaissaient tous d'un seul coup pour défaut d'entretien ? Qui pleurerait ces prétendues "élites" à poussette entre les dents qui ne surmontent leur anémie festive, et ne trouvent d'énergie que pour détruire le peu qui subsiste de l'ancien monde intelligible, après avoir ricané qu'il ne s'agissait là que de constructions culturelles ? Ils ont, comme on dit puisque les mots n'ont plus de sens, "fait tomber Paris à gauche". Ils n'ont rien fait tomber du tout, d'abord parce qu'il n'y a presque plus rien qui tienne debout, surtout les mots que ces gens-là emploient, et aussi parce qu'il n'y a plus que les touristes qui croient que Paris existe encore..." (Festivus festivus, conversations avec Elizabeth Lévy, Philippe Muray, éditions Flammarion, p.38-39)

Le dernier commentaire peut rappeler aussi les propos d'un Debord qui pensait lui aussi que "Paris, ville détruite, a perdu son rôle historique qui était de faire des Français. Qu’est-ce qu’un centralisme sans capitale ?". (http://www.culturalgangbang.com/2008/05/la-question-des-immigrs-vue-par-guy.html)

1 commentaire:

  1. Lire le texte drôle et brillant d'une sous-chiure de Muray :
    http://www.juanasensio.com/archive/2010/05/30/cours-camarade-le-tram-est-apres-toi-par-michel-hoellard.html

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