mardi 18 septembre 2012

Quand l'Union européenne s'adresse aux "masses" - La "citoyenneté européenne active" contre la démocratie

Voici en gros pourquoi toute conscience même sommairement démocratique ne peut que s'insurger face à l'infâme « monstre doux » qu'est devenue l'Union Européenne. Benoît Eugène en une dizaine de pages démontre dans son article (dont cette note est un résumé, voir http://revueagone.revues.org/115) le caractère antidémocratique absolu d'une institution qui n'a désormais d'Union et d'européenne que le nom. Quand on vous parle de « neutralité » de l'UE et du fait qu'elle ne serait « que l'émanation des chefs d'Etat et du parlement européen », on se fout ouvertement de votre gueule : la pseudo-Union pseudo-européenne est devenue désormais une institution autonome qui assure sa propre défense et sa propre promotion, via les deniers des contribuables.

C'est donc à une énorme machine de propagande que nous avons affaire ici, et l'article nous apprend de nombreuses choses proprement hallucinantes sur ce que « l'Europe » pratique en terme de « pédagogie » et de « communication ». On apprend ainsi que nous sommes – surprise ! - pris globalement pour des débiles mentaux dont « l'ignorance » et « l'indifférence » doivent être combattues, bref des cons récalcitrants devant être éduqués pour comprendre pourquoi l'U.E. est une superbe organisation, à l'aide entre autre des nouvelles technologies de l'information et de la communication ainsi que de « l'e-gouvernement » (participation, masquée ou non, de commissaires à des forums internet ou des blogs...) (§2 et 3). Cela prend une tournure comique quand on apprend qu'une consultation sur internet a permis à ses organisateurs de s'auto-congratuler sur cette forme de « démocratie active » : 1057 réponses deviennent sous la plume de ses organisateurs « un grand nombre de réponses », 313 réponses de citoyens un « degré élevé d'intérêt » et 98% de réponses favorables « un soutien en faveur du programme (...) écrasant » (§5 et 6). Rappel : nous sommes dans l'Europe des 25 potentiellement 352 703 427 électeurs potentiels (l'article date de 2005).

Ce n'est pas tout, pour convaincre une « population d'illettrés », l'UE n'hésite pas à débloquer des budgets pour favoriser les relais nationaux et surtout « mettre l'accent » sur la coopération avec les « personnalités connues », en somme les stars (le texte européen spécifiant « issues de la culture des affaires ou du sport »), pour l'aider dans sa dure tâche d'éducation. On se souviendra du précurseur en la matière, le footballeur Zidane, parti en Espagne pour vanter les mérites du OUI au traité constitutionnel de 2005 (§10). Le showbiz au service de l'UE ? Pas seulement, les journalistes aussi. Il est donc prévu de « renforcer leur formation » entre autre en leur attribuant plus de stages à la commission européenne, afin d'en faire de gentils et serviles Jean Quatremer. Apparemment ces derniers seraient en grande partie consentants, et d'ailleurs même souvent d'ardents collaborateurs, prêts à tout pour améliorer la comm de cette institution : un journaliste va ainsi proposer de faire « au moins une séance de photos où il y a des gens dans leur quotidien, dans des bureaux ou des écoles », et un autre se plaindre de la mauvaise position de la cravate de Barroso rendant ses photos « inutilisables » (§11).
 
Les médias sont évidemment un outil privilégié dans cette lutte des strass : les télévisions publiques ont pas mal servi d'outils de propagande – pardon, d'éducation – au nom de leur statut de service public. Ironie du sort : la directive européenne « télévisions sans frontières » (la même qui a obligé la Suède à autoriser la pub dirigée vers les enfants) a rendu les tv privés tellement médiocres que les produits vendus par l'UE n'y sont plus considérés comme assez « sexys » pour y être diffusés. Outre la TV, il faut aussi mettre un peu d'Europe partout et surtout dans les produits audio-visuels (films, séries,...), où elle sera dépeinte de manière positive à la façon d'un Molière faisant intervenir le Roi dans le déroulement de ses comédies. Exemple cité : « l'auberge espagnole », et le programme Erasmus qui vient bouleverser la vie du héros positivement. (§13 et 14)

Au-delà de tout ça, il y a une véritable volonté idéologique de créer un imaginaire propice à la vision européenne des membres de l'Union. Cet imaginaire choisi par ces gens-là n'est pas anodin : ce n'est autre que celui de l'entreprise. Loin des bavardages sur l'intérêt général au niveau européen, l'Union depuis les années 90 s'est « entièrement calquée sur le modèle de la communication d'entreprise, persévérant à en imposer l'esthétique et les valeurs ». La sphère publique, donc politique, est complètement envahie par la sphère privée de l'entreprise, érigée en modèle. Sur certaines brochures caricaturales, dont l'iconographie est parfois EXACTEMENT la même (voir http://revueagone.revues.org/docannexe/image/115/img-5.jpg) que celle des brochures d'entreprise, nulle mention de « services publics », de « fonctionnaires » ou d'intérêt général : reste uniquement l'idéal du cadre dynamique, mâle et blanc de préférence, dans toutes les activités trépidantes de sa vie active. Ceci poussera certains à parler de « réalisme néolibéral » à propos des symboles créés par et pour l'UE... (§17 et 18) Au passage, on notera que toute ladite production n'est jamais véritablement la propriété de l'UE, mais bien le fruit de partenariat avec le privé, voire comme on vient de le voir de simples copier-coller.

Enfin, pour terminer avec sans doute le plus triste (ou drôle selon votre goût pour l'humour noir) : les cibles privilégiées du « marketing politique », à savoir les gamins. On sait depuis Orwell (et 1984) que les proies les plus faciles pour la propagande dominante sont les enfants. La société de consommation l'a très bien compris, et l'Union Européenne, qui s'en inspire, aussi. Et ça en va de ses brochures et de ses BD visant les plus jeunes, du plus grotesque au plus burlesque (voir http://revueagone.revues.org/docannexe/image/115/img-7.jpg). On promeut ainsi dans une BD de Boule et Bill à la fois l'Europe et « l'esprit d'entreprise ». Le titre est simple : « Boule et Bill créent leur entreprise en Europe », avec un logo de la Commission ET un logo de la compagnie d'assurance sponsor. Et comme dit ci-dessus, on ne fait pas dans l'inventif : il s'agit d'un simple remake de la BD « Boule et Bill créent leur entreprise » sponsorisée par l'Institut de l'entreprise, un think-tank libéral bruxellois, et diffusée dans les écoles primaires luxembourgeoises ! (§ 19 à 22)

En guise de conclusion, citons donc l'admirable « Papa Houpette », vantant avec force éloquence le traité constitutionnel européen (devenu plus tard « traité de Lisbonne ») dans une de ces brochures destinées à la jeunesse : « Bon Papa Houpette est venu s’entraîner avec Léa et Thomas au club de sport. Encore haletants, ils regardent ensemble le règlement intérieur qui est affiché dans un cadre à l’entrée de la salle. “Depuis peu, l’Union européenne a aussi un tel règlement, souffle Bon Papa Houpette. Avec cette nouvelle constitution tout va aller comme sur des roulettes, comme dans votre club.”».



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