lundi 10 décembre 2012

Eloge des frontières

(Article paru dans le bulletin du Cercle du Libre Examen n°52)

Régis Debray remarque, dans ses études sur le sacré, que notre époque a cette caractéristique particulière d'ériger en tabou la notion même de tabou. Il n'est pas un jour où l'on ne nous somme pas de « déconstruire », « faire table rase du passé », « aller de l'avant » ou « briser les tabous ». Pourtant, un constat s'impose, s'il y a bien un tabou qui a une emprise prégnante sur nos bonnes âmes contemporaines, c'est la notion de frontière. Pas un jour où ces échines souples ne vantent pas à tue-tête l'ouverture des frontières, la disparition des frontières ou un monde sans frontières - cette « berceuse pour vieux enfant gâtés » (Debray).

Fait des débris d'un certain mai 68, récupérés avec cynisme par la cohorte des libéraux qui pullulent en haut de l'échelle, cet imaginaire voudrait nous faire croire que de l'abolition des frontières adviendraient l'émancipation du genre humain, le bonheur du plus grand monde, bref l'Eden ou du moins quelque chose s'en rapprochant. Chose frappante, un tel mythe semble acclamé de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, en passant par les centrismes des deux côtés. Des gens comme Besancenot (1) ou Philippe Corcuff (2) se mettent en effet à trembler de peur à l'idée d'une réinstauration des frontières en synchronisation avec les associations patronales européennes (MEDEF, VOKA,...), les uns sous prétexte de solidarité transnationale et cosmopolitique, les autres en raison d'un libre-échangisme érigé en dogme absolu. La frontière est désormais la mal aimée d'une majorité de ce qu'on appelle nos élites, avec des retombées évidentes sur la population.

Tous ne pensent pas ainsi, fort heureusement. Il existe encore des gens sains d'esprit et fréquentables pour ne pas tomber dans cette nouvelle religion postmoderne qu'est le sans-frontièrisme. En France l'on a des gaullistes à la Nicolas Dupont-Aignan, des socialistes comme Mélenchon ou des républicains comme Chevènement pour défendre l'idée qu'on ne fait rien de bon en étant ouvert à tout. De même, en Belgique, il existe encore des hommes de gauche présents pour défendre la réintroduction des frontières, ne serait-ce qu'autour de l'Europe, contre une certaine conception libérale de cette dernière, et même des responsables du monde industriel, face aux désastres d'une mondialisation folle, en viennent à défendre un protectionnisme raisonné afin de reconstruire un tissu industriel décent. Mais il est bien plus difficile de faire admettre cela à bon nombre d'étudiants aujourd'hui. Pour des raisons à la fois idéologiques et morales, tenir un discours qui s'oppose à l'ouverture totale est bien souvent pris pour une sorte de fermeture insupportable, de refus réactionnaire du Progrès voire de replis sur soi rigide et intolérant. Il ne serait pas loin le temps de Maginot à en croire certains ! Et pourtant, la frontière n'est pas cette caricature que l'on en fait...

Qu'est-ce que la frontière ?

Disons tout d'abord ce qu'elle n'est pas. La frontière n'est pas un mur. Elle n'est pas une circonvallation imperméable enfermant ceux qu'elle entoure. Au contraire elle est un moyen de régulation des passages. Elle permet à la fois de dépasser la séparation rustique des montagnes ou des cours d'eau, et la séparation humaine des murs en béton ou mentaux. Il s'agit, pour faire une analogie, de cette membrane qui permet à la cellule de former un intérieur et un extérieur, et de protéger l'intérieur sans pour autant le fermer à l'extérieur : seule une cellule morte est totalement ouverte. Il faut toujours un certain rempart pour aider au développement harmonieux d'un corps quelconque, qu'il s'agisse de la peau pour le corps humain, ou de la membrane protectrice de la cellule. Avec l'avantage ici que la frontière n'est point un donné de la nature, mais bien une construction humaine, toujours apte aux changements.

De même, elle est un sain rempart contre les impérialismes dominants et contre les plus forts. « La frontière rend égale des puissances inégales. Les riches vont où ils veulent, à tire-d'aile ; les pauvres vont où ils peuvent, en ramant. ». (3) Il est bon en effet de rappeler aux vitupérateurs satisfaits que l'absence de frontières ne bénéficie qu'à ceux qui ont les capacités matérielles de les ignorer : les riches et les puissants. Quand le patron d'une usine délocalise en Chine ou en Europe de l'Est, ce n'est pas sa vie qui est en jeu, il est capable de s'en sortir par ses propres moyens : ceux de l'Argent et du Capital. Il arrive même qu’il en récolte un bénéfice supérieur ! L'ouvrier qui voit son unique moyen de subsistance partir vers des horizons inconnus se voit par contre dans l'incapacité de flotter dans les airs au gré des envies du divin marché. Les masses sont enracinées du simple fait d'être matériellement incapables de faire un autre choix, mais elles le sont aussi de par leurs conditions même d'individus, faites de « sociabilité primaire » (A.Caillé), c'est-à-dire ces relations en face-à-face, de quartiers, de voisinage, de travail, tout un univers où l'homme de base a tout simplement sa vie et ce qui lui donne son caractère humain. Il n'y a que le « requin » pour ne pas voir d'indécence dans le fait de proposer un travail, qui plus est mal payé, dans un autre pays, forçant ainsi le pauvre travailleur à faire le choix entre chômage ou déracinement complet.

Le respect des frontières des uns et des autres est la condition sine qua non du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il suffit de s'informer un peu sur les pratiques impérialistes pour voir qu'elles ont toutes en commun le mépris des frontières des autres. De Rome en expansion à l'empire napoléonien, en passant par les Etats-Unis d'Amérique et leurs continuelles ingérences dans la vie politique des pays latino-américains, tous se croient permis d'aller chez les autres sans leur demander leur avis, tous pensent avoir le droit d'aller donner leurs ordres hors de leurs propres frontières. Le plus morbide et mortifère exemple étant cet autre empire européen qu'était le nazisme, dont les soldats éprouvaient un malin plaisir à soulever la petite barrière qui les séparait de la Pologne en 1939. « (...) le malheur des impériaux, qui les mène à leur perte, est de tenir les frontières pour qualité négligeable » (4).

Chose amusante si on a le goût de l'humour noir, alors que l'Union Européenne se mue en bélier de la mondialisation libérale, alors que cette dernière tend à effacer toutes les frontières du monde entier du moins dans ses objectifs affichés, pas moins de 27000 km de frontières nouvelles ont été créées depuis 1991. La volonté de détruire les frontières affirmée par ces « élites mondialisées » (Z.Bauman) qui forment les bataillons disciplinés des organisations internationales du type de l'OMC ou du FMI, ne font à l'évidence que renforcer l'envie et la passion de la frontière, en les réduisant et en les concentrant de manière croissante, au risque parfois de devenir de véritables murs. Il y a de cela en effet, dans cette prolifération de sécurités, de barrières ou de clôtures sophistiquées dans les hauts quartiers. Rien d'étonnant, quand on y pense, à ce qu'une minorité privilégiée tente de se protéger contre une masse partant à vau-l'eau à la guerre de tous contre tous, se paupérisant dans le chaos qui caractérise le « monde sans frontières ». Salubre rappel de Régis Debray, seul un monde n'a pas de frontières : la jungle. Et c'est contre des gens de plus en plus poussés à adopter les moeurs du lieu, que les grands bourgeois tentent désormais par tous les moyens de se défendre, et défendre leurs privilèges (5).

Une nécessité pour la démocratie

Mais la frontière est aussi une nécessité pour la démocratie. Toute cité, depuis l’Athènes démocratique, se construit en formant un dedans et un dehors, en formant une communauté politique posée sur un territoire donné qui octroie à ses citoyens les droits de citoyenneté, tout en en excluant les étrangers. C'est cette première séparation qui permet alors au demos ainsi formé de faire corps afin de délibérer collectivement de son destin. C'est elle aussi qui est le fondement même de l'égalité politique : « Nous ne naissons pas égaux, nous devenons égaux en tant que membres d’un groupe, en vertu de notre décision de nous garantir mutuellement des droits égaux » (H.Arendt). Ceci n'implique pas une xénophobie quelconque - la reconnaissance de l'étranger n'amène en aucun cas forcément la phobie - elle ne fait que servir de fondement à la citoyenneté, qui autrement pourrait être fondée sur d'autres critères moins nobles, comme le droit du sang, ou du cens (6). C'est une vision philosophiquement libérale qui attribue à un individu une voix dans sa vision typiquement passive de la politique, la théorie républicaine, elle, accorde au citoyen une voix, d’où découle ensuite la nécessité de critères qui permettent de désigner qui est citoyen et qui ne l’est pas.

Il n'est pour ainsi dire aucune véritable démocratie sans frontières. La loi de 1905 dite de laïcité avait pour nom éponyme « loi de séparation des Eglises et de l'Etat », et il n'y a pas de sphère politique sans une frontière, de plus en plus malmenée il est vrai, entre celle-ci et la sphère privée. Le vote du peuple ou de ses représentants est lui aussi une frontière : il tranche entre une solution et une autre, et en résulte une loi qui est de l'ordre de la contrainte, donc de la frontière entre ce que l'on peut et ne peut pas faire. Ceci peut prêter à la rigolade, mais il semble évident qu'une certaine pensée qu'on pourrait dire héritée d'un modernisme porté à ses excès, tend aujourd’hui à pousser toujours plus vers l'illimitation, ce « jouir sans entraves » qui rejoint le « marché sans entraves ». De telles logiques ont pour racine même l'idée que toute limite implique une perte de liberté. Au contraire des Anciens, les Modernes ont bien souvent ce refus obstiné de voir dans la capacité à s’autolimiter la condition nécessaire de la liberté. La pensée grecque, elle, ne séparait jamais l'idée d'autonomie de celle d'autolimitation : le refus des limites ne pouvait qu'entrainer la démesure, l'hubris, et la sanction terrible en retour de la némésis. Comment ne pas penser qu'il y a de cela dans la crise financiaro-économique actuelle ? Dans cette absurdité d’une croissance infinie dans un monde fini et d’une libération quasi-totale des capitaux et des marchandises ? C'est en cela que l'idée de frontière peut pareillement servir d'antidote à cette pensée délirante, car elle est limite, et en cela elle est école d'humilité et de modestie. Pour faire une analogie, si le gamin se croit tout puissant, la rencontre de l'Autre vient lui poser l'une des premières et plus fondamentales limites, sur laquelle ensuite se constitue sa socialisation et son altruisme. Il est clair, quand on y réfléchit, qu'il n'y a guère de maturité dans ces traders excités dont le capital ne connait ni limites et ni frontières : le « j'fais c'que j'veux » résumerait assez bien le monde de la finance actuel. Quant à l'altruisme, on le remarque tous les jours dans ces spéculations fortes généreuses sur les denrées alimentaires...

Enfin, la frontière est l'essence de la communication: on ne communique pas tout seul - cela s'appellerait la folie - car on a toujours besoin de l'Autre. Or, dans le monde virtuel de la mondialisation, il n'y a pas cet Autre qui se distingue de soi. Il n'y a qu'uniformité et indistinction, sur le modèle de la force dominante du moment. Et tous sont sommés de le suivre ! Pas de salut hors de la société de marché universelle ! Pas la moindre parcelle de terre n'échappera aux diktats d'ouverture des « boys » ! En cas de refus, les drones programmés seront lâchés avec commandement en main d'obéir à la Main Invisible - « au nom du FMI, je vous arrête ! » - et d'accepter avec gratitude les remèdes de cheval des nouveaux médecins de Molière – les Grecs en savent quelque chose !... Ce n'est certes pas en se moulant dans le modèle dominant que la France décida un jour d'abolir à la fois les ordres de la féodalité et la monarchie au profit de la République. Ah ça ! Si les révolutionnaires avaient préféré « s'ouvrir » aux régimes l'encerclant, il y a peu de chances que nous connaîtrions la modernité !... 

Conclusion : vive l'Europe des frontières !

Comme nous venons de le voir, il n'y a pas d'entité viable qui ait survécu au temps sans une cloison un tant soit peu étanche pour l'aider à se construire intérieurement. « La matière n'a ni sac ni peau, seule la cellule a une membrane (...). C'est en se dotant d'une couche isolante, dont le rôle n'est pas d'interdire mais de réguler l'échange entre un dedans et un dehors, qu'un être vivant peut se former et croître. » (7). Loin de moi l'idée d'écarter le fait que la frontière ait aussi sa part sombre. Elle est à la fois bonne et mauvaise, comme toute chose, mais il faut faire avec, et plutôt que de la laisser aux mains fétides de partis ou personnages infréquentables, mieux vaut la prendre en compte et tout faire pour qu'elle soit positive en dépit des éventuelles instrumentalisations. Parmi celles-ci, nous connaissons tous celles des partis d'extrême-droite, bornés par une seule obsession : l'immigration. Il s'agirait pour eux de refaire une forteresse nationale comme à un bon vieux temps qui n'existe que dans leurs fantasmes. Néanmoins, cette manipulation n'épargne pas les partis dits « fréquentables ». Nul doute qu'après avoir lu ce texte, si vous vous êtes intéressé un petit peu à la présidentielle française, vous aurez en tête Sarkozy et ses discours de la dernière chance. Aidé par ses agents de l'ombre, le détestable Buisson et le larbin mercenaire Guaino, Sarkozy adopta, lorsque acculé à ses derniers retranchements, une rhétorique nationaliste et frontièriste jusqu'au bout des dents, stigmatisations de l’immigré à l’appui. En somme, un superbe os lancé à la meute pavlovienne des bien-pensants avec le rire sardonique caractéristique de cette droite ultralibérale, dont ce cher Sarkozy, véritable girouette furieuse portée par l’air du temps, se vantait pourtant il n’y a pas si longtemps d'avoir réalisé cet abominable traité de Lisbonne... Traité qui stipule très clairement l'anéantissement total de toutes les restrictions possibles aux mouvements des capitaux et des marchandises dans et à l'extérieur de l'Union Européenne.

On pourrait croire, en me lisant, à une sorte de haine viscérale de l'Europe, n’étant pas très tendre avec l’Union. Cela serait faire fausse route. Il me paraît évident qu'être pro-européen implique un vibrant éloge des frontières. Une Europe ouverte aux vents et marées du chaos mondial, est une Europe qui se meurt et qui sera bientôt du domaine de l'Antique : on ne réalise pas une union véritable sans la délimiter et la différencier des autres. On dit vouloir faire une Europe puissance, notamment pour contrer les puissances dominantes du moment que sont la Chine ou les Etats-Unis. Belle blague ! Une Europe poreuse n'est en rien une Europe de la puissance, mais bien des marchés, c'est-à-dire asservie à ces derniers, qui se vide progressivement de son sang que sont ses industries tel un organisme perforé. On se paie doucement la tête du monde en parlant ainsi : non seulement l'Union Européenne s'amuse à détruire le peu de barrières douanières qui lui restent, mais elle réalise en plus, sous couvert de vouloir créer les Etats-Unis d'Europe, l'Europe des Etats-Unis : élaboration dans l'opacité la plus totale d'un grand marché transatlantique (8), introduction dans les institutions européennes d'un FMI où les Américains sont les seuls à avoir droit de veto, mécanisme SWIFT asymétrique (9), etc... Ne parlons même pas des propositions « d'aide » des Chinois, à l'affut dès que nous posons un genou à terre (10). La prétendue Europe tant vantée partout est un bateau qui prend l'eau, voilà la triste vérité !

Et cependant, il faut absolument fonder une Europe soudée et fraternelle, avec une identité propre, fondée entre autre sur les héritages des Lumières, de la laïcité, de la justice sociale, et d'une culture d'une richesse incroyable. Il le faut, ne serait-ce que pour résoudre le difficile problème de la crise écologique qui nous menace tous. Elle devrait idéalement pratiquer une politique gaulliste au niveau européen, en lieu et place de l’atlantisme échevelé et occidentaliste qui guide ses rapports avec l’étranger, où l'Union déciderait d'une troisième voie qui la rendrait indépendante à la fois de l'empire américain en déclin et de l'empire chinois montant. Un tel changement de paradigme serait un énorme signal en la faveur d'un monde véritablement multipolaire. Il apparaît clair, toutefois, qu'une telle visée politique ne pourrait en aucun cas être élaborée par ces élites apatrides irresponsables qui la dirigent actuellement, d'autant plus promptes à japper « Europe ! Europe ! Europe ! » qu'elles n'en connaissent rien, méprisent ce qui la constitue (peuples, nations, cultures,...) et la résument à ces milliers de pages de traités parfaitement illisibles... Des férus de chiffres comme on en trouve à la pelle dans les sinistres couloirs de Bruxelles - point d'hommes d'Etat en ces hauts lieux - n'arriveront jamais à comprendre la complexité humaine, géopolitique ou quoi que ce soit qui sorte du cadre de la pensée économiste libérale.

Mais il parait évident qu'une telle politique ne pourrait être pratiquée dans les faits sans une certaine dose de protections, donc de protectionnisme. Ne serait-ce que pour relocaliser nos industries, protéger les quelques survivantes et permettre ainsi la défense de nos modèles sociaux, le rétablissement de taxes sur les marchandises et les capitaux est vital (11). Les fléaux engendrés par les diverses désindustrialisations sont désormais de notoriété publique, et la montée de l’extrême-droite dans les lieux touchés n’en est qu’un des avatars les plus tristes. Le jour où l’on comprendra que le libre-échange généralisé n’est pas « doux commerce » mais bien « féroce concurrence », et qu’il n’adoucit pas les mœurs mais au contraire les barbarise et les excite, nous aurons fait un décisif pas en avant, et nous aurons peut-être enfin compris que cette fameuse richesse des nations n’est autre que « la richesse des Nations qui meurent de faim » (V.Considérant). Le protectionnisme n'est, entendons-nous bien, en aucun cas synonyme de sanction : il est possible en effet d'imaginer un protectionnisme altruiste dont le revenu servirait à alimenter des projets à l'étranger, tout en poussant ces pays à développer leur marché intérieur et leur modèle social (12). Il est primordial, par ailleurs, de rappeler que le protectionnisme est une permanence dans un monde où, nonobstant les voeux de nos thuriféraires de la mondialisation, tout le monde n’est pas identique. Toute différence devient alors une protection de fait : services publics, différences culturelles, institutions, etc... « Le « non-protectionnisme » n'existe pas autrement qu'en fantasme, car, à part le délire de l'économie-un-seul-monde définitivement homogénéisée, toutes les différences restent autant de distorsions, c'est-à-dire, pour certains, de protections de fait » (13). Dès lors, « si, du fait des différences de structures, c'est la non-distorsion qui est l'inégalité, alors l'égalité appelle la distorsion » (14).

C'est à la construction d'un monde ordonné que participent les frontières. Hors de la sauvagerie libre-échangiste et du « monde village » tournant autour de la société de consommation, c'est un moyen de préserver la diversité du monde tout en en défendant les plus faibles, ceux que leur abolition a poussés à se concurrencer entre eux jusqu'à l'absurde. Loin d'être une panacée à tous les problèmes actuels, elles sont néanmoins la clé du sauvetage d'une Europe en perdition, et partant de la formation d’un nouvel ordre du monde serein et pacifié. Elles seront sans nul doute l’un des enjeux des temps à venir.

(1) http://www.fakirpresse.info/La-fiction-des-relocalisations,265.html
(3) Régis Debray, «éloge des frontières », éditions Gallimard
(4) Ibid.
(5) On lira à ce sujet le très bon livre de Zygmunt Bauman, « le coût humain de la mondialisation», éditions Hachette.
(6) De quoi nous rappeler ces débats sur le « droit de vote des étrangers » où la réponse semble déjà donnée d'avance. Voir l'excellent article de Laurent Bouvet : http://laurentbouvet.wordpress.com/2011/12/10/pour-une-citoyennete-une-et-indivisible/.
(7) Régis Debray, op.cit.
(8) Une zone de libre-échange intégral, sans entraves et sans régulations financières, est en voie de création pour 2015, dans une opacité telle que même de nombreux parlementaires européens n’en savent rien. Voir Ricardo Cherenti, Bruno Poncelet, Jean-Luc Mélenchon (préface), « Le grand marché transatlantique. Les multinationales contre la démocratie », éditions Bruno Leprince.
(9) « Après le 11 septembre 2001, la société Swift a transféré les données financières des citoyens européens aux services secrets des Etats-Unis. Révélée par la presse américaine, cette procédure secrète n'a pas été stoppée, mais légalisée. Le transfert a continué grâce à des accords signés entre l'UE et les USA. Ces « accords » développent une écriture particulière. Ils ne font pas apparaître deux partenaires formellement égaux, mais un donneur d'ordre et des exécutants. En effet, les Etats-Unis ne sont pas liés par leurs engagements et sont en mesure d'imposer en permanence de nouvelles exigences. En inscrivant une primauté du droit US sur le sol de l'ancien continent, ces textes accordent une souveraineté directe aux autorités étasuniennes sur les ressortissants européens. La domination américaine sur l'UE se double ainsi de rapports hégémoniques, de reconnaissance et de légitimation de cette domination. » (Jean-Claude Paye, « Affaire Swift : de la domination à l’hégémonie », http://pyramides.revues.org/801)
(10) http://www.marianne2.fr/Sapir-l-accord-signe-ne-fait-que-prolonger-l-agonie-de-l-euro_a211943.html
(11) Emmanuel Todd en vient jusqu’à en faire l’unique rempart à une forme de « post-démocratie » dans son livre « Après la démocratie » (Gallimard).
(12) « [Jacques Sapir] : Il y a un protectionnisme de nature écologique, qui consiste à taxer les produits provenant de pays qui n'appliquent pas certaines réglementations. Se pose ensuite la question de la différence en matière de coût salarial. Peut-on induire une convergence vers le haut ? On pourrait imaginer des mesures protectionnistes qui soient associées, par des accords internationaux, à des mécanismes par lesquels les pays qui ont des droits de douane acceptent de rétrocéder ces recettes aux pays taxés pour financer la mise en place progressive de formes de protection sociale. C'est ce que l'on pourrait appeler du protectionnisme » (Entretien avec Jacques Sapir et Daniel Cohen, Alternatives Economiques n° 303 - juin 2011)
(14) Ibid.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire