vendredi 21 décembre 2012

Todd sur l'Europe et la nation française

« L'assimilation est avant tout un processus anthropologique dont les acteurs principaux sont les immigrés et les milieux populaires. (...) Mais il existe aussi une dimension idéologique de l'assimilation : le groupe immigré doit symboliquement entrer dans une société d'accueil à laquelle il doit s'identifier. Pour les enfants des immigrés arrivés en France avant la Seconde Guerre mondiale, s'assimiler ce n'était pas seulement épouser dans certaines proportions des enfants de Français, c'était devenir eux-mêmes la France, identification d'autant plus facile, efficace et indolore que la définition dominante de l'idéal national rejetait toute notion d'ethnicité, d'origine, de généalogie. La nation républicaine se définit par son avenir autant que par son passé. C'est pourquoi, dans le contexte culturel français, une conception nationale forte facilite l'assimilation comme l'a justement soulignée Jean-Claude Barreau. Or le mythe européen affaiblit la nation dans son rôle de fixation des fidélités collectives, sans parvenir à la remplacer. La construction européenne est devenue génératrice d'anomie dans les banlieues : elle désintègre la seule identité collective qui pourrait être commune aux milieux populaires français et aux enfants d'immigrés, la France, en tentant de remplacer par une Europe abstraite à laquelle ni les uns ni les autres ne peuvent adhérer. » (Emmanuel Todd, Le destin des immigrés)

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