lundi 21 janvier 2013

Extraits d'une interviou d'Alain Caillé

Je suis récemment tombé sur un excellent blog Nouvel Obs (dont un autre article fera l'objet d'une note), découvert grâce à un ami. L'auteur publie, outre ses propres articles, des entretiens très intéressants avec des intellectuels divers et parfois hétérodoxes. Parmi ceux-ci, je vous invite à lire plus particulièrement celui d'Alain Caillé, brillant de pertinence dans ses analyses, comme l'est généralement le fondateur de l'indépassable revue du M.A.U.S.S. (c.f. mes liens amis). On peut y lire entre autre : 

« Faisons le lien avec la question précédente. Le principal fléau qui s'abat sur nos sociétés n'est pas seulement la privatisation généralisée, i.e. la soumission de toutes les sphères d'activité à une norme marchande et financière hégémonique, c'est, dans le sillage de cette ominmarchandisation et omnifinanciarisation, la subordination de tous nos actes désormais, à une logique d'évaluation quantifiée. Or cette logique conduit systématiquement à conférer un privilège absolu à ce que les économistes appellent les motivations extrinsèques sur les motivations intrinsèques. Motivations extrinsèques, celles qui sont indifférentes aux spécificités de l'action particulière : la recherche d'une rémunération, du pouvoir ou du prestige. Motivations intrinsèques, celles qui dépendent de la spécificité du domaine d'activité : tout ce que l'on fait par sens du devoir, par amitié ou compassion, par plaisir pris à l'action en question (faire de la recherche, écrire, jouer etc.), bref, par esprit du don. Si cette évolution devait toucher à son terme, alors plus rien n'aurait de sens. Tout ce qui fait le prix de la vie, i.e. les choses sans prix, serait résorbé et dissous dans l'utilité et l'instrumentalité. »

Mais aussi une remarque qui fera réfléchir les bourdivins acharnés et autres sociologues d'Etat :

« Nous fûmes quelques uns à nous étonner qu'aucun des intervenants ne semblât avoir lu Mauss. Et plus encore de la convergence entre économistes et psychanalystes sur l'idée que le don n'existe pas, qu'il n'est qu'illusion et idéologie puisqu'on n'a rien sans rien. Cette manière de penser était parfaitement congruente avec l'évolution récente de la sociologie dont je m'étais alarmé dans un article de Sociologie du travail : « La sociologie de l'intérêt est-elle intéressante ? » (1981) dans lequel je pointais la surprenante convergence, au moins sur un point essentiel, entre des auteurs en apparence diamétralement opposés : Raymond Boudon et Michel Crozier, du coté libéral, Pierre Bourdieu du côté néomarxiste. Pour les uns comme pour les autres l'intégralité de l'action sociale s'expliquait par des calculs d'intérêt, conscients pour les deux premiers, inconscients pour le troisième. Tous trois, par delà leurs divergences criantes, communiaient ainsi dans ce que j'ai appelé l'axiomatique de l'intérêt, si bien représentée à l'Arbresle. Pour cette sociologie alors dominante l'homo sociologicus n'était au fond qu'une variante, un avatar ou un déguisement d'homo œconomicus. »

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