dimanche 24 mars 2013

Commentaire sur une recension de Michéa

Coralie Delaume a récemment écrit une très bonne recension du dernier ouvrage de Michéa, ici. Un commentaire sur le passage des communautés : je pense que le problème dans la façon d'aborder les idées de Michéa sur la communauté c'est qu'on entend généralement aujourd'hui « communauté » au sens postmoderne du terme. C'est-à-dire, serait une communauté l'ensemble des juifs, l'ensemble des musulmans, etc. que ce soit au niveau de la nation, du continent voire du monde, et ce sans distinction aucune des frontières, des localités, des relations concrètes. 

Or, il me semble que la vision « communautarienne » (voire « communautariste » même si le terme ne peut plus vraiment être employé innocemment aujourd'hui) de Michéa, précisément parce qu'elle se veut enracinée, considère les communautés moins comme des fictions déracinées du type purement ethnique ou religieux (comme si un musulman de Schaerbeek à Bruxelles faisait partie d'un monde commun à celui du taliban en Afghanistan ou du musulman de Vitry-sur-Seine) que comme des ensembles formés par une vie de proximité, des liens sociaux concrets, un sentiment d'appartenance à un groupe (c'est-à-dire rien à voir avec la socialité virtuelle). Vie de quartier, vie de village, travail à l'usine, etc.

Le triste sort fait aux mots tels que « communauté », « cité » ou « quartier » dans la novlangue actuelle montre bien à quel point l'imaginaire libéral a été loin dans sa colonisation des esprits. Jicé n'a pas l'air d'en avoir à fich', et cite même le (très intéressant) bouquin de Costanzo Preve « Eloge du communautarisme ». 


Enfin, sur la question de la croissance, je pense qu'il faut voir sa critique non comme une lubie mais bien plutôt comme une sévère critique philosophique, politique et morale de l'imaginaire d'illimitation. La « croissance » de quoi déjà ? Mettre au centre le principe même de croissance, sans définition aucune (bien qu'il désigne généralement le PIB, à savoir un indicateur purement et doctrinairement économiste), c'est non seulement mettre au centre un principe qui contient en soi le règne de l'hybris, mais aussi mettre a contrario une limite à la liberté d'agir des collectifs humains (ainsi que l'esprit critique des gens en général). 

Si la base de tout est avant tout la croissance, on ne peut plus remettre en question la production de certaines choses, on ne peut plus se poser des questions sur le mode de vie des individus, l'imaginaire des individus, les valeurs d'une société etc. Or, si la croissance atone aujourd'hui pose tant de problèmes, on peut raisonnablement dire avec Latouche que c'est dû justement au fait que nous vivons dans une société de croissance SANS croissance. L'idée de décroissance part du principe que l'absence de croissance est raisonnable uniquement dans un système où celle-ci n'est pas nécessaire pour faire fonctionner la machine. Avec ce que nous produisons aujourd'hui, même avec 0% de croissance il serait largement possible de vivre TOUS décemment, donc avec tout ce qu'il est requis pour vivre normalement.

A une époque, la critique républicaine pointait d'ailleurs du doigt le fait que ce culte de la croissance conduisait à fabriquer des individus de plus en plus passionnés de luxe, de frivolité, d'accessoires, bref des moeurs peu propices au maintien d'une République (qui se base sur la vertu des citoyens avant tout). Idem pour la division du travail qui s’accroit de manière exponentielle dans un tel système.

2 commentaires:

  1. A mélanger dans un court si court billet des problématiques comme celle anthropologique et sociologique de communauté/société et celle anthropologique et économique, voire philosophique de croissance, on en vient à avoir l'esprit embrouillé ... et on prend le risque de se retrouver compagnon de route de la nouvelle droite puis de l'extrême-droite sans l'avoir voulu

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pouvez-vous expliciter votre propos S.V.P. ?

      Supprimer