mercredi 27 mars 2013

Oise, la gauche et le Front National

Les analyses « politiques » restent toujours aussi sottes et mal-pensées. L'on ne comprend toujours pas que les électorats n'appartiennent à personne, encore moins aux partis politiques, et que le clivage gauche-droite perd en pertinence tant aux yeux des électeurs qu'au niveau des analyses. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut s'étonner que des « électeurs de gauche » se mettent à voter pour un parti d'extrême-droite, au lieu de suivre avec discipline les ordres du PS de voter pour un candidat UMP auréolé de tout un tas de casseroles. L'étiquette « extrême-droite » elle-même perd de son importance et donc de son caractère de repoussoir aux yeux des électeurs (à ne pas confondre avec les militants), « de droite » comme « de gauche », et ce d'autant plus lorsque ledit parti épouse les demandes électorales en proclamant lui-même caduc ledit clivage (et use et abuse du mot « UMPS »).

C'est là que les mascarades sur fond de « front républicain » montrent à quel point « la gauche », en tout cas ce que l'on désigne comme tel (en fait surtout le PS), a perdu à la fois toute lucidité et toute forme de projet politique. C'est quoi le front républicain ? Aux yeux des gens du PS, c'est l'UMPS, c'est-à-dire exactement ce que dénonce le FN. Quand alors l'UMP applique les mêmes recettes xénophobes que le FN, le côté social en moins (ce qui faisait dire à E.Todd que le FN était plus à gauche que l'UMP), et que le PS applique les mêmes recettes néolibérales que l'UMP, le côté xénophobe en moins (tout en lui accordant son soutien définitif), le résultat électoral ne me semble pas si étonnant que ça.

Et qu'est-ce que la République ? Qui est véritablement « républicain » au PS ? Certainement pas la majorité. Plus personne ne demande l'abolition de la République, n'est-ce pas donc plutôt devenu un mot incantatoire pour véritablement désigner les libéraux en tant qu'alternative unique ? Il a existé un courant authentiquement républicain, au sens philosophique du terme, qui s'opposait aux libéraux, mais il a disparu au sein du PS (surtout depuis les vagues d'émigrations, du Che à Méluch') et survit tant bien que mal ici et là. Et comment désigner le FN comme « anti-républicain » quand il emprunte directement des références au jacobinisme et ne demande même pas l'abolition de la République ? Mascarades, encore une fois, qui ne servent qu'à cacher une chose : l'abandon total de toute forme de projet socialiste, républicain ou même vaguement social de la part du PS.

Ce genre de choses devrait amener à faire réfléchir « l'autre gauche », la gauche radicale, antilibérale (etc. car il n'y a jamais assez de qualificatifs pour la désigner) sur sa stratégie à adopter à l'égard du PS, dont elle apparait bien souvent comme la roue de secours, voire la complice, aux yeux des gens. Combien de Beppe Grillo (ou pire : de frontistes au second tour) faudra-t-il pour que les grands pontes de cette pseudo-radicalité comprennent AU MOINS que l'on n'est plus dans les années 30, que les héritiers des PS européens n'ont plus rien à voir avec leurs ancêtres (non, Désir n'est pas Salengro, Moscovici n'est pas Blum – qui parlait encore de « dictature du prolétariat » en son temps – et Hollande n'est pas Mendès-France – qui votait contre l'Europe libérale, en 1957 déjà !) et que les électeurs ne sont plus (en tout cas beaucoup moins) structurés en groupes comme durant l'hégémonie gaullo-communiste des 30 glorioles ? Le PS, ce sont les opportunistes de la 3e République. Même clonage idéologique, même corruption. Le peuple déteste les opportunistes.

Rappel : Orwell disait en son temps que les succès des fascistes (les vrais) le poussaient toujours à se demander d'abord ce que son camp avait fait comme conneries pour le permettre. Simpliste ? Peut-être, mais la simplicité voit parfois des choses que les experts en numérologie politique ne voient pas.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire