dimanche 14 avril 2013

Frétillements d'un poisson mort

Mais qui est donc ce tâcheron prodigieusement médiocre qui veut se la jouer copain-copain en usant sans vergogne de la seconde personne du singulier ? Mais qui est donc cet inconnu sans consistance qui abuse d'un pseudo-langage parlé pour masquer un style inqualifiable et une propension aux leçons charitables et expertes ?

Ce scribouillard affublé du prénom Hubert commence directement, sans ambages. Loin de tout mépris pour ces folklos latino-américains, il assène franchement : « Tu déconnes Jean-Luc. Tu déconnes. Chavez est mort et ce n'est pas l'Amérique du Sud ici. Il n'y a pas tous ces paysans sans terre et tous ces miséreux éloignés du civisme et de la démocratie. »

Plus loin, le solo de fifre continue, toujours aussi sûrement : « Là, tu veux organiser une manif le 5 mai. Est ce notre rôle Jean-Luc ? Début 2012, tu parlais de révolution citoyenne. Tu n'évoquais que cette révolution par les urnes. Je partageais cette vision républicaine car nous sommes toi et moi des défenseurs acharnés de la République mais alors pourquoi cette manif ? Sur le fond, nous partageons évidement le diagnostic mais les urnes Jean-Luc, les urnes ! »

Car il est évident que tous les arrachages de droits, de protections sociales, toutes les avancées vers la République sociale ont été faites par « lezurnes ». Les urnes Jean-Luc ! Les urnes. On n'fait rien dans la rue, d'ailleurs les grèves et les manifs des syndicats sous Roosevelt n'y sont pour rien, y a juste les urnes ! « C'est encore, fort heureusement, le temps des urnes. »

Clair que 36 et 68 se sont faits uniquement par lezurnes, Jéjé. Tu piges pas ? Jean-Luc. Réveille-toi un peu, et écoute le copain Hubert ! I' te l'dit - et pis surtout i' t'cause comme un gars d'la rue, avec des ponctuations hasardeuses, ouais. Enfin on n'osera évidemment pas interrompre tant de bienveillance en rappelant les innombrables fois où les urnes n'ont rien fait, à commencer par l'élection de « tonton ».

Cette immondice sous-célinienne – non, infra-célinienne – trouve quand même le moyen de glisser en conclusion un remarquable conseil. En effet, « Il nous faut plus de temps et plus de pédagogie. Il faut continuer à taper sur Le Pen et sur ses idées nauséabondes. Ils oublient, ces idiots ou ces racistes qui votent pour elle, que ce sont ces idées là, de peur et de xénophobie qui ont causé la seconde guerre mondiale ! »

Voilà, tu votes pas FDG, c'est que t'es un gros con qu'a rien compris à la vie. Le FDG va éduquer, parce qu'il n'y a que la pédagogie pour faire comprendre aux demeurés ce qu'il faut comprendre. Et puis d'ailleurs, c'est bien connu, puisqu'il n'y a que des « idiots » et des « racistes » pour voter FN, un zest de brutalité et beaucoup de pédagogie ramèneront dans le droit chemin les brebis égarés.

Admirable.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire