lundi 6 mai 2013

Visage d'écrivain : Bernanos


bernanos L’âme transmute le visage, lui donnant une texture, un relief qui par moment peut bel et bien faire remonter le fond à la surface. Bernanos caractérise bien ce mouvement brusque de l’alchimie corporelle, il a une bouille à la hauteur de l’homme. Sur lui, l’on peut voir une épaisse tignasse coiffer une face incandescente, frémissante de passion et de soif inextinguible de Vérité. Tout commence par le regard, ce miroir des violences intérieures. Cendré et ténébreux, c’est tout d’abord celui du séducteur, de l’homme transi de ces femmes qui ont « humanisé le sublime ». Deux globes racinés profond s’y retrouvent bordés d’immenses cernes, comme environnés d’un lac sombre. C’est un regard qui attire, qui comprime les palpitations pour mieux entrevoir une parcelle de l’infini. Sa partie basse montre a contrario une certaine douceur ; de fines lèvres dessinées de telle façon qu’elles évitent le pincement de l’avarice, aidées en cela par une généreuse moustache. Une figure paternelle, rassurante, qui cache pourtant un esprit tourmenté et imprécateur.

Bernanos est né en 1888 dans une famille petite bourgeoise de Paris. Père tapissier et mère fervente catholique, son enfance baignera dans la religion, lui offrant un chemin tracé vers les cieux et le Christ. C’est là que seront semés les graines du monarchisme et du catholicisme qui définiront tout son engagement ultérieur. Il dira ainsi, après sa première communion : « J’ai pensé à me faire missionnaire, et dans mon action de grâces, à la fin de la messe de première communion, j’ai demandé cela au Père, comme unique cadeau ». Il épousait la foi et ne voyait plus d’alternative dans sa vie qu’une turbulente action pour ses idées. C’est dans l’Action Française de Maurras qu’il plongera, avec vigueur et absolu ; c’est dans cette action militante pour les camelots du Roi que le jeune Bernanos, encore étudiant, trouvera le moyen d’éprouver le spirituel, « lui-même charnel » (Péguy), jusqu’aux viscères. Il la quittera plus tard et se distanciera de son maître Maurras, comme il le fit pour son autre maître Drumont. Par vertu de fidélité, il refusera néanmoins le reniement total.

La suite ici.

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