mardi 16 juillet 2013

Note du 25/05 sur « la classe ouvrière va au paradis »

Le désespoir me hante après la vision du film « la classe ouvrière va au paradis », comme une sourde angoisse lancinante. Ces pauvres bougres enchainés à leur existence comme des forçats de la vie... Ce triste sort, fictif et pourtant si réel, m'emplit d'un fatalisme mortifère... Est-ce cela l'horizon ultime de nos existences ? Serons-nous éternellement encadrés par une furieuse mêlée de déterminismes, comme d'incapables bêtes dans un enclos, à tout jamais liées à un destin qui s'apparente moins au rocher de Sisyphe qu'à l'immuabilité paisible de vaches face à un abattoir ?

Les militants sont incapables, les autorités sont déplorables, les exploiteurs détestables et une masse silencieuse vaque à ses occupations, l'échine douloureusement courbée par la soumission et le corps noyé dans un malheur résigné. Telle est la leçon de ce film aux accents d'un pessimisme effroyable. La révolte ouvrière, dans ce monde carcéral qu'est la société capitaliste industrielle, semble ne plus pouvoir se résumer qu'à de vaines réactions individuelles. Un ouvrier stakhanoviste découvre sa condition de serf, de ROBOT véritable (au sens étymologique, slave du terme : travailleur, serf) : sa liberté recouverte sera payée par le prix fort de son bonheur, de sa vie.

Dans ce système où la masse est presque unanimement intégrée, la découverte de sa propre servitude conduit l'ouvrier à devoir choisir entre la folie et l'exil : soit il rompt avec le salariat et se découvre perdu dans un univers où, isolé, il se révèle à la fois impuissant et indésirable ; soit il demeure dans sa sphère d'origine, à mécaniquement actionner des machines dominatrices, aux profits d'inconnus amorphes, pour le restant d'une cruelle vie où « comme le chrétien se prépare à la mort » lui se « prépare à la retraite »... Avec dans le plus profond creux de son âme le sentiment de violer perpétuellement ce qu'il a de plus cher, de plus intime : sa liberté d'Homme.

Après cela, ne me reste plus qu'à me réfugier dans ce coin noir de la pensée où ce rare faisceau de lumière transparait pour mieux éclairer l'absurdité de ma condition, de mes illusions, de la futile rengaine militante qui me pousse à vivre. Difficulté de voir en face la lucidité sans en ressortir avec la blessure qu'inflige ce virulent soleil. Heureusement, je sens les battements de mon sang pester tout entiers contre l'Insupportable. Je comprends plus, à mesure que la cadence de ces tambours canalise la noirceur de mon esprit, la phrase de Bernanos disant que « l'espérance est une vertu, virtus, un détermination héroïque de l'âme. La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmonté ». L'héroïsme est le seul remède au cynisme.

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