lundi 11 novembre 2013

Brève chronique de « Dialogues désaccordés »


J'ai bouffé ce livre en quelques heures et j'ai la vague impression d'avoir posé mes dents sur une merde saignante. En matière de soralisme délirant, on en a pour son argent : homophobie compulsive (un exemple p.40 : « Pour en revenir aux invertis (...) l'homosexualité est une sexualité déviante, tantôt immature, tantôt perverse, qui doit se pratiquer dans la discrétion, avec un soupçon de honte ! »), virulence anti-juive omniprésente (avec tout un blabla mystico-sociologico-conspi sur les juifs des hautes loges qui dominent le monde, vaguement masqué par des phrases, contredites le reste du temps, tenant à distinguer juifs pauvres et juifs de l'élite), posture pratique du combattant isolé (« de la vérité » p.124), marxisme bourrin (vaguement révisé depuis les léninistes à la papa et mâtiné de culturalisme pour ne pas trop faire stal'), psychanalyse freudienne à deux balles (justifiant notamment sa misogynie atavique), sous-entendus négationnistes (l'éternel argument du « je ne peux pas répondre car c'est illégal » ressort plusieurs fois, alors que ce n'est que le fait de nier ou minimiser gravement le génocide nazi et ses chambres à gaz qui l'est), j'en passe et des meilleures. Le délire étant sans doute atteint lorsqu'en réponse à une analyse, pertinente par ailleurs, de la société de consommation par Naulleau, il affirme que « l'idéologie dominante, c'est Auschwitz. Tout part de là et tout y ramène »).

Alors les quelques critiques sociales et culturelles qu'il lui arrive de dire avec pertinence – on ne saurait combattre Soral sans admettre qu'il a raison sur une série de points (il pioche après tout pas mal d'idées dans les viviers idéologiques de la gauche) – se trouvent ici noyées dans un flot de débilités mi-caricaturales mi-péremptoires. Naulleau quant à lui fait office d'intervieweur non-complaisant plus que de contradicteur, et est bien faible dans son rôle d'opposant malgré quelques passages des plus savoureux sur la littérature ou la société contemporaine. Soral le brutalise, le malmène et a une tribune grande ouverte sans que Naulleau s'oppose véritablement à ses idées (tout au plus a-t-on droit à un peu d'ironie et quelques « je m'en désolidarise »). Résultat : un dialogue qui s'apparente plus à un entretien qu'autre chose.

On notera cependant quelques perles dans cet échange fait par mail, notamment ce passage (p.65) où Soral explique être un national-socialiste : « En tant que national-socialiste français, ça m'agace d'être rangé à l'extrême-droite, qualificatif qui désigne pour moi les néo-conservateurs, les impérialistes américano-sionistes et le pouvoir bancaire international... Donc, ma réponse, c'est que je ne suis pas d'extrême-droite, je suis national-socialiste, mais tu peux considérer que c'est pire ! » (comme ça c'est dit, bien qu'il justifie cela en disant ne pas faire sienne la théorie raciale du nazisme). Si d'aucuns ont encore des doutes sur la couleur du personnage, je vous invite à l'écouter dans ses vidéos faire l'apologie d'un apologue des économistes nazis (Francis Delaisi, cité dans le livre), à trouver que le côté le plus intéressant de Beppe Grillo c'est son « côté mussolinien » (et dans ce bouquin il se félicite qu'il soit « plutôt rouge-brun » (sic) et cause avec les néofascistes de CasaPound).


En réalité, et en dépit de l'antifascisme d'opérette des antifas qui voient partout des fâchôs, Soral est bel et bien l'un des idéologues français les plus proches de l'authentique fascisme – et ceci n'est qu'une analyse philosophico-politique. Il réunit en lui ce que peu, voire aucun idéologue/politicien de la droite radicale ou de l'extrême-droite françaises n'est parvenu à synthétiser (on parle beaucoup de Jean-Marie Le Pen ou d'Alain de Benoist, alors que l'un est un démagogue ultralibéral anti-étatiste et l'autre un anti-libéral décroissant et localiste). Qu'il s'agisse de l'industrialisme furieux (qui explique sa fascination pour l'industrie allemande et son « génie » capitaliste), de sa conception autoritaire et (très) centralisée d'un Etat planificateur, de son modernisme réactionnaire (il dit p.157 être « à la fois dans le plus pur classicisme et de l'avant-garde ! ») ou de sa vision transclassiste de la nation, l'homme combine à peu près toutes les caractéristiques du fascisme original à dimension sociale. Fascisme modifié pour l'occasion afin de s'adapter à la postmodernité (1), qu'il critique par ailleurs (2).

Si ce livre n'a qu'un intérêt, c'est celui-ci : Soral se lâchant sans retenue, avec toute sa bourrinitude assumée et débridée par le caractère des échanges virtuels. (3) En somme, il ne vaut pas du tout ses 18 balles (!) et je vous invite à vous l'échanger ou l'emprunter (à défaut de le chourer dans un supermarché). Naulleau n'est vraiment là que comme alibi (et je dis ça en ayant énormément de respect pour son oeuvre et son travail d'éditeur), et en réalité c'est Soral discutant avec lui-même, comme à son habitude. Le livre aurait pu tout aussi bien s'appeler Monologue Désaccordé, ou encore « Shadow boxing d'un rouge-brun dans une poubelle ».

(1) Lire sur la question cet article.

(2) L'homme n'étant pas à une contradiction prête : il peut vanter l'industrialisme, le marxisme et le nationalisme, idéologies typiquement modernes, tout en dénonçant p.81 le fait que Mélenchon et Marine Le Pen « sortent tous deux de la même matrice : le modernisme ! », et tout en critiquant la postmodernité sur des bases théoriques à l'évidence modernistes (Clouscard entre autre).
(3) Sans parler de sa justification stupéfiante de l'exil fiscal de son grand ami et « grand patriote » Péninque. A Naulleau lui rappelant que ce co-fondateur d'Égalité & Réconciliation était un maître en la matière, Soral lui répondit : « Je ne vois pas pourquoi tu lui reproches d'être intelligent et efficace. » (p.93)

2 commentaires:

  1. Merci pour le très bon résumé de ce non livre.

    Inutile de dépenser son argent pour cette m****. On peut le trouver en PDF en cliquant sur le lien indiqué ici : http://tatamoche.blogspot.fr/2013/11/le-bouffon-alain-soral-donne-nouveau.html .

    Quant au petit guru pétaino-marxiste, un dossier complet vous attend ici : http://tatamoche.blogspot.fr/2012/12/alain-soral-est-il-un-brave-garcon.html

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  2. Tout, étape par étape, sur le parcours politique de Dieudonné (De l'antiracisme au guru rouge-brun) Un article fortement documenté en trois parties (A faire circuler) :
    http://centpapiers.com/la-descente-aux-enfers-de-dieudonne-117/
    http://centpapiers.com/la-descente-aux-enfers-de-dieudonne-217/
    http://centpapiers.com/la-descente-aux-enfers-de-dieudonne-317/
    ... à suivre ...

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