mercredi 5 mars 2014

Barroso, aristocrate sans noblesse



Barroso n'assume pas la confrontation avec les USA par lepartidegauche 

L'image d'illustration ci-dessus est troublante d'éloquence : Jean-Luc Mélenchon posant une question, le corniaud José Manuel Barroso, sorte de baudruche enflée à l'air des bureaux immaculés de la Commission européenne, regardant le sol. Presque une allégorie. Le regard fuyant de Barroso, toujours partant pour la fuite et lâche comme seul un dirigeant « européen » peut l'être (mais où est donc son compère Laurel Van Rompuy ?), louvoiera tout le long de cet entretien, évitant les interpellations de Jean-Luc comme un chat l'eau froide.

Il faut cependant ouvrir grand les oreilles pour apprécier la délicieuse musique de ses paroles. Il n'y a qu'avec ces aristocrates du XXIe siècle qu'un tel langage feutré peut être énoncé avec le plus grand sérieux du monde – un sérieux de bureaucrate soviétique. Avec ces gens-là, tout est question de négociations, d'accords, de dialogues, d'ententes, de coopérations, de poignées de main et de discussions. C'est le salon de madame Geoffrin !... On imagine déjà Obama, éventé par quelque laquet, une longue cigarette en main, perruque bien en place et le teint blanchâtre, discutant courtoisement avec Barroso de Voltaire, Mozart et des données secrètes des citoyens européens. Barroso, cherchant à placer, au détour d'une de ces petites gaudrioles dont il est si féru, une modeste demande au président américain :

« Cette petite facétie sur l'intimité de ces demoiselles m'amène à vous poser une question somme toute amicale, croyez le bien... En effet, l'affaire est pressante, bien que non urgente, mais cependant voyez-vous, le bas-peuple demande des comptes. Voudriez-vous bien ainsi, je vous en prie, modérer vos ardeurs quant à votre – compréhensible, bien sûr, ne vous méprenez pas sur mes intentions, et je vous déclare tout de suite être un fervent admirateur de la nation américaine – propension à récolter les informations de nos chers sujets ? Des complaintes, instrumentalisées certes par une proportion affolante de démagogues populistes, se font de plus en plus entendre, et nous craignons pour la sécurité et l'ordre de notre fragile union. »

Et l'empereur, vautré dans un fauteil Louis XVI étincelant d'or, de lui répondre d'un hochement de tête impérial, sourire indéfinissable se dessinant sur son visage habitué à regarder le reste du monde du haut de Jupiter. « Mon brave, j'entends bien y réfléchir, dit-il l'air toujours aussi insondable, et vous serez heureux d'apprendre que des démarches sont entreprises pour lancer une commission de réflexion sur les possibles enquêtes à lancer sur de potentiels dérapages de notre institution de renseignement. Vous songez bien que nous ne voulons en aucun cas froisser les préoccupations de votre peuple. Vous êtes notre ami. ». Barroso, sautillant sur son siège, controlant tant bien que mal un rictus de joie, comprend alors par là que son devoir est accompli : il pourra désormais, en toute bonne conscience, déclarer dans ses prochaines allocutions qu'il a fait de son mieux pour défendre les intérêts de citoyens-sujets. Le Royaume européen est sauf, son noble Roi, José sans terre, a lutté pour la défense de son bon peuple.

« La commission européenne [...] est une institution extrêmement transparente » - Barroso, 12/11/2013

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