mardi 18 mars 2014

Hymne à la gloire de la Commune de Paris



La glorieuse Commune de Paris éclaire encore nos pâles figures aujourd'hui et les guide comme un fanal salutaire ; elle est brillante, lumineuse, tragique et terrible. En cela, elle est probablement l'un des évènements les plus humains de l'Histoire. Elle est surtout l'apothéose d'un vieil idéal d'autonomie remontant à la Grèce antique, passé de mains en mains des citoyens athéniens aux ouvriers français... Flambeau incandescent pour une explosion révolutionnaire : le rouge est définitivement la couleur de l'évènement.

Rouge, elle est par son inclination politique : socialiste, au sens où l'entendaient ces vieux ouvriers idéalistes arc-boutés sur leur barricade, héroïquement naïfs au point de ne pas accepter les balivernes cyniques ou faussement éclairées des bourgeois critiques de ce temps (dont une litanie d'auteurs célèbres, de Zola à Hugo en passant par Sand). La mort ne leur faisait pas peur : même les ennemis de la Commune notèrent le dédain presque romain qu'opposaient de nombreux condamnés au peloton d'exécution à leurs bourreaux. A côté de cela, la démocratie radicale, l'égalitarisme et le patriotisme révolutionnaire furent la triade de ce moment libertaire. On aimait Rousseau, Proudhon et Leroux ; on ne connaissait pas encore les bassesses léninistes.

Rouge, elle est aussi, hélas, par le sang versé par le petit peuple de Paris mobilisé en armes... Non, pardonnez cette faute : le petit peuple de l'Humanité, tant la Commune a pu voir confluer en son sein des personnes d'origines diverses et internationales. Dans les 20 000 morts et bien plus d'arrestations, le massacre apocalyptique coordonné par les élites réfugiées à Versailles fut monstrueux par son ampleur et son absence de pitié. Thiers s'est baigné dans un océan écarlate, un verre de rouge à la main pour fêter sa victoire.

En deux mois d'existence, la Commune de Paris nous a appris bien plus sur la liberté qu'un millénaire d'histoire. Comment assumer aujourd'hui une posture élitiste sans voir son discours accompagné des claquements de dents des morts de 1871 ? La Commune de Paris, qui instaura la première une laïcité radicale, qui fit des réformes qui ne referont surface que des décennies plus tard – voire jamais – que ce soit en matière de justice, de défense des plus pauvres ou d'éducation, fut avant tout le fait de ces sous-hommes des classes dangereuses, qui peuplaient misérablement les faubourgs parisiens. Artisans, ouvriers, hussards de la République, la liberté a fait un pas de géant lorsque portée par ce peuple, auquel l'on a toujours voulu faire porter tous les fardeaux du vice et de l'imbécilité. L'ingratitude des héritiers est intemporelle.

La Commune de Paris vit toujours, elle doit vivre toujours. On n'enterre jamais un vivant impunément.

1 commentaire:

  1. "La Commune de Paris vit toujours, elle doit vivre toujours. On n'enterre jamais un vivant impunément." Belle conclusion !

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