vendredi 19 septembre 2014

Note sur l'Irak du 19 septembre 2014



Les conséquences livides et terribles de la montée croissante de mouvements islamistes fanatisés... Les Kurdes, chassés sans merci par l'État Islamique « En vingt-cinq ans de reportages, de guerres et de crises internationales, je ne me souviens pas avoir vu des regards aussi vides que celui des Yézidis qui affluent aujourd'hui dans le Kurdistan irakien, logeant sous les arbres, le long des routes, dans des camps de toile ou des immeubles abandonnés. C'est le regard des hommes qui m'a le plus frappé – un regard fixe, si transparent que l'on croit entrer dans l'âme de celui qu'on regarde. » (http://www.lalibre.be/actu/international/de-retour-d-irak-je-ne-me-souviens-pas-avoir-vu-des-regards-aussi-vides-5416b148357030e610402b42). Un mal qui s'avance avec l'assurance d'une meute disciplinée. Et pourtant, serait-on arrivé à ce niveau de barbarie si la nation pieuse des Etats-Unis d'Amérique n'avait pas décidé de plonger son museau dans les affaires irakiennes ? Comme de si nombreuses autres interventions impérialistes depuis le début du troisième millénaire, cette attaque menée de manière finaude au nom des droits de l'homme, de la démocratie et de tous ces mots désormais creux a permis à l'Irak d'imploser et d'être victime de théocrates armés. Les premières victimes, comme d'habitude, sont les femmes et les minorités.

Comme l'a bien montré Naomi Klein dans la « shock doctrine » (https://www.youtube.com/watch?v=hA736oK9FPg), les Américains, après y avoir privatisé radicalement leurs forces militaires, ont pu y exploiter la région et y placer un gouvernement fantoche, prétendumment démocratique mais surtout férocement libéral. Après la chute du dictateur Hussein, le niveau d'éducation et de vie ont drastiquement chuté, et l'Etat irakien s'est décomposé. Et que font maintenant les Américains ? Ils bombardent à nouveau. Comme un docteur appelé à la rescousse d'un malade qu'il aurait empoisonné lui-même. Mais cette fois-ci, les bonshommes comiquement médiocres à la tête de la France se joignent à la partie. Quelle est la prochaine étape ? Une énième intervention, au sol désormais, de l'armée américaine, voulue par de nombreux faucons (dont le
chef du comité d'état-major des armées des USA Martin Dempsey ), et qu'Obama devra probablement tôt ou tard leur concéder (http://fr.ria.ru/presse_russe/20140918/202462809.html).

Le chercheur Karim Emile Bitar à l'IRIS rappelle justement que « Pour le moment, cette intervention bénéficie d’un large soutien dans l’opinion mais on va vite se rendre compte qu’il va y avoir non seulement des conséquences inattendues mais qu’on risque peut-être d’aggraver le problème politique et d’accélérer la dislocation de l’Irak » (http://www.rfi.fr/moyen-orient/2min/20140919-armee-france-frappes-guerre-etat-islamique-jihadiste-ei-irak-coalition-etats-u/). Et comment douter des bénéfices à long terme pour les groupes islamistes que la disparition, ou la corrosion de l'État irakien engendrerait ? Ils auraient en face d'eux une aire disloquée, sans tête unificatrice et centrale, avec des ennemis séparés les uns des autres. Un avantage certain pour des techno-djihadistes, solidement armés et organisés militairement « à la fasciste » (rien à voir avec des fanatiques un peu cons et amateurs de bombes artisanales).

Rappelons ces phrases du père Gabriel Toma, figure majeure des catholiques chaldéens d'Irak : « Depuis 2003, il n'y pas eu un seul jour de paix. Le sang n'a pas cessé depuis de couler et la force est le seul langage que l'on connaisse depuis l'intervention américaine. Le régime qui a été installé à Bagdad est une farce et n'est que mensonge. La liberté promise est fausse. La démocratie l'est tout autant. La capitale n'a été que le lieu de tractations entre des chefs de bandes.
[...]
Je dis que, en effet, la politique menée par les Etats-Unis en Irak a conduit à monter les communautés les unes contre les autres pour parvenir à leurs fins. Mais ici, les équilibres sont très anciens et fragiles, ils ont privilégié une stratégie à très court terme, et maintenant, le pays est dans un chaos indescriptible. Nous, chrétiens, pouvions vivre sous le régime de Saddam Hussein, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
» (http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/08/18/nous-chretiens-pouvions-vivre-sous-le-regime-de-saddam-hussein_4472809_3218.html)

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