jeudi 12 mars 2015

Tous nazis !

 camusL’une des singularités de notre époque se révèle fabuleusement dans l’une de ses créations les plus monstrueuses, les plus absurdes : la pensée dite « maraboutdeficelle ». Il semblerait qu’avec la perte de repères stables et la disparition de la pensée critique[i], une manie des plus désagréables et des plus sottes ait conquis les sphères intellectuelles, touchant souvent des esprits boursouflés de culture, parcourus par les livres comme par des vers, et peu avares en références. Sorte d’alliage combinant les pires aspects de la pensée contemporaine – psychologisme, politiquement correct, relativisme culturel absolu, manichéisme, etc. – elle en vient à pourrir les débats et à empester partout où elle passe.

Soyons plus précis, qu’est-ce que la pensée maraboutdeficelle ? Au sens strict, il s’agit d’une pensée fonctionnant sur le mode du non sequitur et du paralogisme, c’est-à-dire à l’aide de combinaisons logiques en apparence justes, mais concrètement erronées. Exemple type : si je pense X et que Y pense X et Z, c’est que je dois penser Z. Moins abstraitement : si j’approuve une affirmation d’un homme de droite, c’est que je suis de droite. On voit déjà les impasses effrayantes d’une telle pensée. C’est en effet par ce type de raisonnements qu’ont fonctionné de nombreuses troupes militantes, de nombreux esprits clos et sectaires. Deux types de personnes semblent appliquer ce genre de logique perverse : d’un côté, les honnêtes gens, bien souvent naïfs ou spontanés, dont la bonne foi ne mérite ni le mépris ni l’opprobre ; de l’autre, au contraire, une catégorie infâme de penseurs et d’hommes d’action, qui s’en sont servi à des fins cyniques d’orthodoxie et d’exclusion. Cette dernière a joué un rôle important au sein des divisions disciplinées du stalinisme : quiconque déviait un tant soit peu de la ligne du Parti était vilipendé d’une forme ou d’une autre de réaction, de collaboration avec l’adversaire, voire tout simplement d’adhésion à ses thèses.

Albert Camus en avait fait les frais à son époque : pour avoir affirmé quelques vérités aujourd’hui communément admises, l’homme s’est vu attaquer par la meute germanopratine coordonnée par leur vigilant maître Sartre. On se souvient de sa réponse : « On ne décide pas de la vérité selon qu’elle est à droite ou à gauche et moins encore selon ce que la droite et la gauche décident d’en faire. À ce compte, Descartes serait stalinien et Péguy bénirait M. Pinay. Si, enfin, la vérité me paraissait à droite, j’y serais. »[ii]

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