samedi 1 août 2015

Podemos, Tsipras et le gouvernement représentatif


Voici un discours pour le moins éclairant, que je conseille d'écouter à tous ceux qui comprennent l'anglais ou l'espagnol, et qui s'intéressent à la situation de Podemos (liée elle-même à celle de Syriza et de la dite « autre gauche » européenne). Il pose question quant à ce que j'ai pu lire et entendre ici et là concernant Pablo Iglesias et la politique désirée par une partie de Podemos. Il y a plusieurs mois encore, je lisais déjà que le Parti était en risque de dérive centralisatrice et autoritaire, autour du charismatique leader et de son entourage. Il semblerait que le débat fait en ce moment rage à l'interne, notamment concernant la démocratie interne (le processus de votation) et la place des assemblées locales (qui ont été vidées de tout pouvoir décisionnaire) par rapport à la possibilité de transformer le parti en machine électorale. Podemos s'éloignant trop pour certains des désirs à l'origine du mouvement espagnol 15M.

Par ailleurs, on peut entendre ici ledit Pablo déclarer stricto sensu l'impuissance de Podemos s'il arrivait au pouvoir : il ne pourrait jamais faire plus qu'une réforme fiscale et une vague résistance au pouvoir européen. L'Espagne serait bien trop faible, aussi, pour donner le change aux eurocrates. Justifiant ainsi les décisions affreuses de Tsipras (« il n'y avait pas d'autre choix » !), il en vient à dire que si Tsipras avait voulu s'opposer à l'accord, il aurait dû quitter la zone euro, ce qu'il ne pouvait pas faire en l'absence de « consensus démocratique ». Cet argument phare dans la bouche des intellectuels de gauche pour justifier ces renoncements, est douteux : y avait-il un « consensus démocratique » sur l'acceptation de cet accord ? De quel consensus parle-t-il d'ailleurs ? Celui des sondages. C'est-à-dire d'opinions données a priori, avec des méthodes discutables, et en l'absence de tout débat démocratique pouvant potentiellement faire changer d'avis le peuple... Là où la seule véritable décision populaire que l'on connaisse soit le référendum du peuple grec, explicite quant à ce que désirait le peuple grec par rapport à ces mesures d'austérité.

Il ressort de ces propos, et de ces explications stratégiques, une absence frappante du principal acteur concerné, à savoir le peuple. Iglesias déclare que la seule force politique de masse serait Marine Le Pen, or cette dernière n'a ni milices violentes comme du temps du fascisme, ni organisations de masse, et encore moins des mobilisations grandioses portant l'étendard Le Pen et un projet de société « frontiste ». Iglesias, en fin orateur, invoque Lénine pour justifier les « compromis » de Tsipras et le fascisme pour analyser la politique possible de Marine Le Pen. Mais Tsipras n'est pas un bolchevik, et MLP n'est pas une fasciste. Comme Tsipras n'a rien renversé à son arrivée au pouvoir (alors que les compromis à la Lénine auraient été de tout faire péter, d'instaurer un capitalisme d'Etat à la schlague dans un pays et de rompre avec le système international en vigueur), Marine Le Pen ne changera rien de fondamental, s'alliera à l'UMP, demeurera dans l'UE et lui concèdera à terme toutes les mesures économiques qu'elle désire pour peu que l'UE lui permette de matraquer les immigrés et les petits délinquants.


Pourquoi ? Parce qu'être élu, avoir un bulletin de vote, ce n'est pas avoir un peuple derrière soi. Voter pour quelqu'un dans un système représentatif, ce n'est pas espérer et donner un mandat, c'est octroyer le droit de trahison – ne rien faire dans la rue, par la grève ou autre, c'est a fortiori demander d'être trahi. Les élections ne servent à rien sans un appui agressif. Le référendum ne sert à rien, en des temps où les appareils politiques n'ont jamais été autant séparés du peuple, sans violence au sens sorélien du terme, c'est-à-dire une volonté active et consciente de s'opposer au capitalisme. Ce qui devrait donc inquiéter les militants sincères, ce n'est pas le résultat des prochaines élections, mais bien l'activité politique des masses, leurs pratiques collectives, leur degré d'apathie. Dans les années 30, le Front populaire imposa ses réformes parce que de l'autre côté se trouvaient des prolétaires en rogne, des grèves générales, des reprises d'usines, des instaurations de conseils ouvriers autogérés, etc. En ce temps-là, c'est d'ailleurs ce pouvoir socialo-communiste qui fit stopper ces insurrections spontanées. Mais elles eurent au moins le mérite de le forcer à changer la donne. Et depuis lors on a les congés payés.

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