samedi 24 octobre 2015

Extrait du Château de Cène de Bernard Noël

« – Douce, dis-je. Douce.

Tu ne réponds pas. Tu es noire. Alors ma main va, lentement va vers toi. Elle court un peu le long de ton flanc, puis tout à coup se précipite et escalade ta cuisse. Là, elle marque un temps d'arrêt, comme pour se faire oublier, puis elle glisse vers le ventre et noue ses doigts à la toison. Nouvel arrêt. Tu respires contre mes phalanges hautes. Tu attends et j'attends. L'une de tes mains est partie vers moi, en cachette. Je sens son approche. Je la fuis en cambrant mes reins. Sage, sage, murmures-tu. Et ta main me touche, grimpe tranquillement sur mon ventre, court vers la cuisse, retombe, se coule sous le pli de la fesse. Tu es là comme une ombre qu'on ne voit pas dans l'ombre, mais dont on sait qu'elle vous guette. Soudain je pense : je t'aime. »

Bernard Noël, Le château de Cène.

Photo : Lucien Clergue.

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