mardi 13 octobre 2015

Extraits de La Notte de Michelangelo Antonioni (1961)


«  Lidia : J’ai l’impression de mourir parce que je ne t’aime plus. Je suis désespérée. Je souhaiterais être vieille et que ma vie dédiée à toi soit finie. Je souhaiterais ne pas avoir existé, parce que je ne peux plus t’aimer. C’est ce que je pensais dans le night club, quand tu t’ennuyais tant.

Giovanni : Mais si c’était vrai, si tu souhaitais être déjà morte…cela veut dire que tu m’aimes encore.

Lidia : Non, ça n’est que de la pitié.

Giovanni : Je ne t’ai jamais rien donné. Je ne me rendais pas compte que je gâchais ma vie, comme un idiot, prenant sans donner, ou donnant trop peu. Si tu penses que je n’ai pas beaucoup à offrir, c’est peut-être vrai.

Lidia : Je passais des après-midi à lire au lit. Tommaso m’appelait et m’y trouvait. Il pouvait m’embrasser, je n’aurais pas résisté, lasse de m’ennuyer. Mais ça lui suffisait de me voir lire tous ces livres inutiles. 200 pages par jour, je lisais si vite.

Giovanni : J’ai été si égoïste. Maintenant je réalise que ce que nous donnons aux autres nous revient.

Lidia : Pensent-ils que leur musique rendra la journée meilleure ?

Giovanni : Lidia, finissons cela. Essayons de nous raccrocher à quelque chose dont nous sommes sûrs. Je t’aime. Je suis sûr que je t’aime encore. Que puis-je rajouter ? Rentrons à la maison.

Lidia (lisant) : « Quand je me réveillai ce matin-là, tu étais encore endormie. Je me réveillais et j’entendais ta douce respiration. Je voyais tes yeux fermés, derrière tes boucles de cheveux, et je me sentais bouleversé. Je voulais pleurer, te réveiller, mais tu dormais si profondément. Dans la pénombre, ta peau semblait briller de vie, si chaude et douce que je voulus l’embrasser, mais j’avais peur de te réveiller. J’avais peur de t’avoir, éveillée, dans mes bras à nouveau. A la place je voulais quelque chose que personne ne pourrait m’enlever, à moi seul, cette éternelle image de toi. Au-delà de ton visage je voyais une pure et superbe vision, nous montrant dans l’entièreté de ma vie que les années à venir, même celles passées, étaient la plus miraculeuse chose du monde…sentir, pour la première fois, que tu avais toujours été mienne. Et que la nuit s’étendrait pour toujours, unie à ta chaleur, à tes pensées, à ta volonté. A ce moment j’ai réalisé combien je t’aimais, Lidia, et je pleurai d’émotion. Je sentais que cela ne finirait jamais, que nous demeurerions ainsi toute notre vie. Non pas seulement se sentir proches, mais s’appartenir l’un à l’autre, d’une façon que personne ne pourrait détruire, excepté l’apathie de l’habitude, la seule menace possible. Puis tu te réveillas et, souriante, passas tes bras autour de moi, m’embrassant, et je sentis qu’il n’y avait rien à craindre. Nous serions toujours comme à cet instant, unis par des liens plus forts que le temps ou l’habitude. »

Giovanni : Qui a écrit cette lettre ?

Lidia : C’est toi. »

La Notte, 1961.

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