mardi 13 octobre 2015

La juste colère de Xavier Mathieu

On peut dire ce que l'on veut de la violence, de son caractère barbare, primitif, inhumain – les adjectifs ne manquent pas –, ces discours abstraits, qui semblent flotter dans un bocal de formol avec les autres idées naïvement pacifistes, n'ont aucune emprise sur le réel. Tôt ou tard, ce phénomène organique à l'espèce humaine refait surface, après avoir été enfoui sous le règne du discours. La civilisation occidentale, après de longues décennies de sommeil, se rend compte que la violence est « la sage-femme de l'histoire », c'est-à-dire qu'il y a de l'histoire, et que celle-ci ne se meut pas lentement, au gré d'un doux et paisible développement. Elle se provoque. Elle met en prise, comme à Troie, des forces divergentes, ennemis par intérêt et par la force des choses. Et le tragique de l'histoire, c'est que ses acteurs n'en semblent bien souvent pas maîtres.

Il n'y a guère que les illusions des acteurs déconnectés du réel, ces grands dont Jean Giraudoux disait que le privilège « c'est de voir les catastrophes d'une terrasse », pour espérer un dénouement pacifique à la croissante lutte des classes. Les élites exercent une violence inouïe sur les masses de travailleurs, et sont tout simplement incapables de s'auto-limiter. Tôt ou tard, cette violence sinistre, hypocrite et fardée du calme tout bourgeois provoque chez ses victimes des réactions brutales. Logique : on peut soumettre éternellement un chien à coups de matraques, l'être humain, esprit indocile, est insoumis par nature, et réagit tôt ou tard à l'exploitation.

Si je retiens une chose de toute cette affaire de chemise, c'est que les Anciens avaient raison : la violence permet de mettre à jour la division réelle des classes. Les médias, par leur unanimisme anti-ouvrier, par leur soutien homogène du DRH bousculé, ont démontré leur caractère de classe, à l'instar du gouvernement de gôche de la France. Il n'aura fallu pour ça que de quelques boutons en moins, pour que l'Univers bourgeois, des deux rives de l'Atlantique, s'exclame tel une marquise choquée par la roture. La froideur glaciale de la bourgeoisie n'est possible que parce qu'une société pacifiée par la force démesurée de l'Etat a été anesthésiée par les longues années de soumission.

Et qu'on se rappelle d'une chose : la violence révolutionnaire n'a très souvent été que le fait d'une réaction à des représailles. Lorsque les pauvres veulent prendre le pouvoir pacifiquement, il y a toujours quelque part un bâton qui tapote lentement une main policière. Les luddites anglais n'ont brisé des machines que parce qu'il n'y avait pas de réponses à leurs pétitions - et ils ont basculé dans la clandestinité face à la violence étatique. La Commune de Paris aurait pu être un événement pacifique sans la présence d'un envahisseur et la boucherie orchestrée par le gouvernement versaillais. La guerre moderne n'a jamais été populaire : elle a toujours été le fait de gouvernements, c'est-à-dire des élites.

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