samedi 24 octobre 2015

Mademoiselle S. contre Gaspar Noé

Fascinante lecture : Lettres d'amour de Mademoiselle S. (1928-1930), publiées aux éditions Gallimard. Débridées, passionnées, déchirantes. Un ensemble de lettres d'une femme de l'époque, dont le ton et la crudité du vocabulaire sont comme un affront aux puritains et aux modernes arrogants qui semblent imaginer que la sexualité de mamy se résumait au missionnaire une fois tous les lustres, lumière éteinte et dans le silence. Il s'agit de la correspondance érotique d'une inconnue découverte grâce aux miracles du déménagement, avec l'intérêt de n'avoir pour une fois que le point de vue féminin.

Une subversivité réelle en des temps pré-soixante-huitards, une histoire de sexe et d'amour virulente, à savourer puis méditer après avoir visionné la profonde et pénétrante médiocrité du dernier film « Love » de Gaspar Noé, qui semble croire avoir réinventé la roue parce qu'il l'aurait filmée en mouvement avec une caméra 3D. Dix balles pour se faire gicler à la face, au sens propre comme au sens figuré, on peut se demander qui est réellement baisé dans l'histoire avec une telle vacuité scénaristique. En ce qui me concerne, j'ai eu le double déplaisir de me retrouver à côté d'un vieil homme étrange, à la respiration bruyante, et qui ne cessait de regarder sa braguette durant chaque scène de cul.

« Certes, amour chéri, j'ai pensé à toi hier soir comme je pense tous les jours. Mais cette caresse solitaire ne calme pas mes sens aussi complètement que je le voudrais. Il me manque toujours son étreinte, mon cher amant, et rien ne peut pour moi l'égaler car tu sais trop bien me prendre et le seul contact de ta jeune chair sur ma croupe suffit déjà à faire naître en moi une ivresse délicieuse.
[...]
Au revoir mon cher amour. Je te verrai tout à l'heure. J'ai besoin de baiser follement ta bouche et tes yeux. Je t'aime mon Charles chéri. Ne me fais jamais la peine de te détacher de moi. Dis-moi encore toute ta tendresse. Dis-moi toutes les folies auxquelles tu rêves. Tu sais maintenant que je t'appartiens tout entière et que je suivrai toujours ta fantaisie, si perverse soit-elle. »

— Mademoiselle S.

Photo : Jean-François Jonvelle.

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