dimanche 15 novembre 2015

La France est forte quand elle résiste, et belle quand elle est universelle

En ces jours noirs, pleins de désarroi, d'une tristesse rongée d'amertume et de colère, je préfère publier cette peinture révolutionnaire plutôt que changer narcissiquement ma photo de profil. Parce qu'une France forte dans l'adversité, c'est une France libre, égalitaire et fraternelle – une et indivisible. Parce que le drapeau bleu-blanc-rouge est avant tout celui de la fille ainée de la Révolution, qu'il porte en lui un message universaliste, et qu'il n'est donc pas la petite propriété médiocre et arrogante des patriotards du dimanche – serviles quotidiennement, et soudainement chauvins comme pas deux, Français pure souche lorsqu'il s'agit de flageller leurs frères musulmans. Parce que s'il y a une guerre à faire, c'est celle que mène la liberté guidant le peuple, contre la barbarie double, contre le Janus de la barbarie : l'oppression intérieure, l'ennemi extérieur.

La guerre, oui, mais juste. Intervenir à l'étranger comme ce qu'a déjà commencé à faire le gouvernement français, n'est qu'une réponse sotte et démesurée à la crise réelle qui a pu mener à cette boucherie. L'islamisme est un fait qui a sa propre existence, ses origines et ses buts extérieurs à l'Occident. Contrairement à ce que certains ont pu exprimer ici et là, l'Occident n'a pas à se sentir seul et unique responsable de ce qui lui advient : il y a quelque chose de pervers à déresponsabiliser totalement l'ennemi pour se construire soi-même, d'un même mouvement, en victime et bourreau. L'islamisme n'a pas attendu l'Occident pour se développer, il n'a pas attendu notre « perversion » non plus pour s'inspirer de tous nos travers et de toutes nos inventions (les nouvelles technologies en matière d'armement comme en matière de communication).

Cependant, nos faiblesses sont ses forces, notre manque de liberté est son justificatif, notre manque d'égalité est son moteur, notre absence croissance de fraternité est son allié. Quand on vit sous surveillance, on vit opprimé, et un oppresseur aussi puissant peut tout aussi bien envoyer ses dominés à la guerre, sans leur aval, comme il peut avec la même autorité contrôler ses sujets par tous les moyens modernes existants. Ainsi va de l'impérialisme occidental, à motifs intéressés, à légitimité nulle et à conséquences mortelles. On ne créé pas ainsi notre ennemi, mais on le renforce clairement. Et l'on ne fait plus que souiller ce beau mot de Liberté, car on ne libère personne à coups de bombes, et on n'est pas libres à coups d'écoutes téléphoniques et de caméras de surveillance. Rien ne justifie et ne justifiera les politiques belliqueuses, comme les politiques sécuritaires, encore moins la sécurité – qu'elle détruit en désordonnant la politique mondiale – ou la liberté – qui disparaît alors pour tous.

Quand on creuse les inégalités et qu'on disloque les sociabilités diverses et variées, la décence commune, on créé un terreau fertile à la misère, et donc au fanatisme. La bourgeoisie elle-même le connaît, ce fanatisme : ce ne sont pas des hommes incultes et pauvres qui théorisent et financent le terrorisme islamiste, ce sont des grands intellectuels, formés dans de prestigieuses et couteuses universités, ou de riches pétromonarques gavés d'or noir et de dollars. Qu'on se souvienne ainsi que si celui qui se fait exploser a quitté son quartier pourri pour trouver un nouveau combat, celui qui l'arme et l'endoctrine vit paisiblement derrière de lourdes protections militaro-financières.

Quand on détruit la fraternité, quand il n'y a plus d'identités rassembleuses – que ce soit la patrie des droits de l'homme ou la classe ouvrière –, quand le racisme explose parce qu'il n'y a plus que des luttes horizontales, que la mondialisation nous met tous en concurrence à travers le monde et les frontières, la pseudo-Umma des terroristes religieux a un couloir béant où s'engouffrer et recruter ses militants sans repères. Et quand on oublie, enfin, la laïcité, c'est-à-dire le laos, le pouvoir populaire contre la loi religieuse, la politique séparée des diktats dogmatiques, l'autonomie des consciences face au grégarisme des multiples sectes intégristes, on empêche dès le début à l'enfant de développer des anticorps qui le préserveront plus tard de ce genre de maladies mentales. On créé et on maintient des adultes dans un état d'ouverture à ce genre d'idées, puis peut-être un jour à ce genre de pratiques.

Alors oui, c'est vrai, la violence existe partout à travers le monde. Les crimes de masse se perpétuent dans des silences bien trop lourds pour être dénoncés à l'aide d'une seule phrase. Mais il est normal et humain d'être plus choqué par le prochain. Qui plus est : il est légitime d'être meurtri de voir que même un pays en paix subit la violence planétaire, globalisée et déterritorialisée du terrorisme. On ne combattra pas la violence répandue sur le globe en relativisant un tel événement. On devrait être au contraire d'autant plus indigné de constater qu'elle commence à atteindre nos propres pays. Cela ne peut qu'annoncer son renforcement dans le monde et non sa décroissance. Contre cela, seule une politique, et donc une géopolitique, intelligentes et solidaires peuvent lui saper ses bases. La coopération entre les peuples, le renforcement des souverainetés respectives, et la lutte contre une mondialisation qui renforce les identités meurtrières tout en dézinguant les moyens de subsister de tout le monde – ainsi que les budgets publics pouvant potentiellement combattre militairement Daesh –, voilà ce qui pourrait aider à un véritable combat contre l'intégrisme islamique.

Et j'espère que tout le monde méditera ces paroles de Charles Péguy, intemporelles, toujours jeunes et pertinentes : « Parce qu'ils n'ont pas le courage d'être du monde, ils croient qu'ils sont de Dieu. Parce qu'ils n'ont pas le courage d'être d'un des partis de l'homme, ils croient qu'ils sont du parti de Dieu. Parce qu'ils ne sont pas de l'homme, ils croient qu'ils sont de Dieu. Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu. »

Et que vive la République française !

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